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LE NOUVEL ÂGE par Jean leDuc
Nous vous conseillons aussi de lire l'excellent livre de Alfred E. Bouter sur ce sujet:
Voir aussi:
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION Promesses d'un Nouvel Age d'Or Les origines Origines historiques Portrait du New-Ager potentiel L'expérience personnelle Intuition et volonté: Piège de l'orgueil spirituel Initiation & Hiérarchies spirituelles Maîtres invisibles & Royaumes secrets Bible trafiquée & Eglises mortes Rejet du péché & Inutilité du Salut
N'oubliez pas que les adeptes du Nouvel Age, à cause de leurs contacts avec le monde occulte, sont toujours liés par les forces du mal ou ils arrivent même à être possédés.
Chrétiens réveillez-vous. Protègez-vous, protègé vos enfants. Vous avez la responsabilité de prendre connaissance de cet ennemi mortel qu’est le Nouvel Âge afin de le combattre avec toutes les armes de l’Esprit.
Jean leDuc
Tout le monde en parle mais peu sont ceux qui sauraient dire en quoi il consiste. Le Nouvel Age est une mode et pourtant il remonte à la nuit des temps. Mélange de passéisme et de modernité, il se réclame des plus anciennes traditions de l'ésotérisme et de l'occultisme, marque un penchant pour l'orientalisme, le bouddhisme et la réincarnation en même temps qu'il attend des extra-terrestres ou du " channeling " (version renouvelée du spiritisme) des révélations sur l'au-delà.
Le fondement astrologique du Nouvel Age qui repose sur le fait que l'humanité serait à la veille de passer d'une ère à une autre, du signe des Poissons à celui du Verseau, lui permet d'accréditer l'idée que le monde est en passe de se transformer et qu'il est à la fois le vecteur et le témoignage de cette émergence.
Que signifie, que veut signifier le Nouvel Age, où veut-il nous emmener ? Faut-il voir en lui une religion pour les temps nouveaux, un substitut des anciens dogmes qui seraient périmés ? Ou bien, l'exaltation du seul pouvoir de la nature humaine par le développement de son " potentiel énergétique " Dans un domaine aussi complexe, il est évident que tout est affaire de discernement.
Généralement, on nous présente toujours le mouvement "Nouvel Âge" comme un phénomène prônant essentiellement l'unité et l'harmonie entre tous les habitants de la Terre. La philosophie du Nouvel Âge se résume à dire que nous sommes tous "frères" et "soeurs" en tant que citoyens de la Terre et que "Dieu" est la totalité de tout ce qui existe. Comme on peut le constater, la philosophie orientale du Nouvel Âge consiste essentiellement à confondre le "Créateur" avec la "création", ce qui est un des caractéristiques essentiels de l’occultisme. Pour poursuivre, disons seulement que, selon la doctrine Nouvel Âge, tous devraient, en principe, faire preuve de beaucoup de tolérance envers leurs semblables, quelques soient leurs religions ou leurs valeurs morales. Mais, sachant qu'ils existent des incompatibilités vraiment inconciliables entre certaines idéologies, qu'elles soient d'ordre religieux, morales ou philosophiques, ce serait faire preuve de beaucoup de naïvité, à mon avis, que de s'imaginer que tout ce beau monde pourrait finir par être "UN" et vivre en parfaite harmonie les uns avec les autres. En fait, il m'apparaît évident que l'"unité" tant souhaitée par les adeptes du Nouvel Âge ne soit qu'une belle illusion, tout au plus une utopie absolument irréalisable sur cette terre ! En effet, comment pourrait-il y avoir "unité" dans la "division"? C'est tout simplement impossible !
Ce dossier nous présentera toutes les variantes et les dangers de ce mouvement syncrétiste. Nous l'avons souhaité le plus complet possible, avec une mise en parallèle de nombreuses citations "New-Age" et des extraits de l'Écriture Sainte, afin que soient mis en évidence les antagonismes irréductibles qui existent entre ces mouvements et la foi chrétienne.
Promesses d'un Nouvel Age d'Or Qu'est-ce que le New-Age ? Assimilé aux commencements de l'ère du Verseau, ce "Nouvel Age" est censé apporter à l'humanité entière une ère nouvelle d'harmonie, de bonheur, de justice et de paix… que ce soit dans le domaine spirituel ou sur un plan politique: retour étonnant du vieux mythe de l'Age d'Or !
Cette entrée dans l'ère du Verseau devrait être marquée par les "douleurs de l'enfantement", et ne s'opérer que dans une sorte de "mort à soi-même", où chacun est appelé à renoncer à ses idées, à ses convictions (y compris religieuses, bien sûr), et à ses comportements. Mais si ce "monde ancien" des deux mille ans de christianisme institutionnalisé qui viennent de s'écouler est voué à la perdition et à la disparition, le Nouvel Age prétend retrouver dans l'Antiquité les véritables racines du nouveau monde à venir. On le verra, les références à l'Égypte, à l'Inde ancienne, voir à l'Atlantide ou à la Lémurie sont monnaie courante…
Avec la prétention d'être l'aboutissement de toutes les religions, le New-Age se présente comme le summum de l'évolution spirituelle de l'humanité. Il serait un mouvement pour "l'éveil de la conscience planétaire" dans le 3° millénaire, ère nouvelle d'accession de l'esprit humain à une "conscience holistique", à une dimension "cosmique". Cette ère nouvelle doit également être marquée par le second avènement du Christ, que d'aucuns ne manquent pas d'annoncer comme étant déjà présent parmi nous, nous le verrons !
Un dernier point: le Nouvel Age ne brille pas par la modestie. Peter Russel, auteur en vue de ce mouvement, déclarait ainsi sans sourire en 1983 (dans The Global Brain): "La génération actuelle pourrait bien se trouver au seuil d'un développement évolutif aussi significatif que le fut l'émergence de la Vie il y a trois milliards d'années." Rien de moins ! "Nous allons devoir bientôt cesser de nous percevoir comme des individus isolés; nous verrons que nous sommes simplement les parties d'un réseau global en voie d'intégration rapide, les cellules nerveuses d'un cerveau global qui s'éveille." Vision globalisante, conscience holistique, bienvenue dans le Nouvel Age !
Filiation "astrologique" Nous avons vu que ce mouvement s'apparente donc au commencement de l'ère du Verseau. Ceci implique bien évidemment la fin de l'ère précédente, celle des Poissons, marquant ainsi le terme des deux mille ans de christianisme institutionnalisé que le monde a connus… Ere du Verseau, ère des Poissons, qu'est-ce que cela signifie ?
Un petit tour dans l'astronomie tout d'abord, et que l'on me pardonne ces considérations scientifiques. Il nous faut remonter au II° siècle avant Jésus-Christ, époque à laquelle l'astronome grec Hipparque - fondateur de l'astronomie de position - découvre la précession des équinoxes. Qu'est-ce donc que cela ? Du fait d'une imperceptible rotation polaire de la planète, le soleil recule "virtuellement" tous les 72 ans, au point vernal (c'est-à-dire à l'équinoxe du printemps) d'un degré sur le cadran virtuel des douze signes du zodiaque, qui sont répartis sur les 360° de la voûte céleste. Chacun de ces signes comprenant donc 30 degrés (12 x 30 = 360), le soleil entre tous les 72 x 30 = 2.160 ans, à reculons, dans un nouveau signe astrologique. Cette "marche à reculons" du soleil est ce que les astronomes appellent la précession des équinoxes, qui s'étire donc au total sur 12 x 2.160 = 25.920 années.
Les astrologues se sont emparés de cette réalité astronomique pour définir des "ères" de 2160 ans, correspondant donc chacune à un signe du zodiaque, marquant tour à tour une phase particulière de l'évolution de l'humanité. Cette lecture de l'histoire des civilisations, réinterprétée selon les cycles astrologiques, rencontre un succès grandissant au sein des mouvements New Age.
Ils définissent ainsi l'ère du Taureau (d'environ -4300 av. JC à -2150 av. JC), période durant laquelle cet animal servit d'emblème à nombre de civilisations aujourd'hui disparues (Égypte, Chaldée, Assyrie, Crète...), et correspondant à la naissance et à la fin de la civilisation babylonienne.. Puis l'ère du Bélier (de -2150 av. JC à l'an 1), marquée par les rituels d'offrande reçus par le peuple hébreu, concernant le sacrifice des béliers (cf. Ex 29, 10-37), et correspondant donc à la naissance et à la disparition de la civilisation juive. L'ère des Poissons commence à la venue du Christ, et les astrologues notent avec délice que le poisson est justement un symbole chrétien [ce dernier point est d'ailleurs exact: le terme grec ICHTUS, qui signifie poisson, est formé des premières lettres de la phrase "Iesous Christos Theos Uios Soter", qui signifie "Jésus-Christ, Fils de Dieu Sauveur"]. Les adeptes du New-Age s'accordant donc à dire que Jésus a inauguré l'ère des Poissons il y a 2.000 ans, l'ère nouvelle du Verseau ne devrait commencer en toute logique qu'en l'an 2160… Mais laissons de côté cette absence de rigueur "scientifique"… d'autant que certains, sans doute plus audacieux que les autres, démontrent avec force de calculs que cette ère du Verseau aurait déjà commencé en 1750, et que pour d'autres (les adeptes de l'anthroposophie de Rudolf Steiner), elle ne débutera qu'en 3560 ! Passons… L'ère des Poissons achevée signerait donc la mort du christianisme.
Paul Le Cour (1861-1954), dans son livre "L’Ère du Verseau. Le Secret du zodiaque, le proche avenir de l’humanité" publié en 1937, déclarait le premier à ce sujet: "Je compris que l’ère du Verseau verrait le retour du Christ que le signe du Verseau annonce depuis des siècles, comme le signe des Poissons zodiacaux avait annoncé sa première venue. Le zodiaque m’apparaissait ainsi brusquement comme un livre prophétique renfermant l’histoire passée, présente et future de la vie sur la terre…"
Les grands axes de la pensée New Age s'inspirent directement des écrits de la Société de Théosophie, dont les membres fondateurs sont aujourd'hui encore honorés comme des précurseurs méritants de ce mouvement. Qu'est-ce donc que la Théosophie ?
Cette Société fut fondée aux USA en 1875, par Helena Petrovna Blavatsky (1831-1891) et le colonel Henry Steel Olcott (1832-1907). La "Théosophie" existait déjà, doctrine ésotérique occidentale transmise par des penseurs mystiques tels Jacob Böhme (1575-1624). Mais la doctrine propagée par la Société nouvelle n'a rien à voir avec celle des siècles passés. Dans un premier ouvrage ("Isis dévoilée"), H.P. Blavatsky fustige la Science et le matérialisme, parce qu'ils ne reconnaissent pas le spiritisme – que l'auteur affirme avoir été pratiqué et reconnu depuis l'Antiquité – et dans la foulée s'en prend aux religions établies, parce qu'elles auraient failli à leur mission, et qu'elles ne seraient plus qu'une représentation dépassée et nuisible au Christianisme. La solution de rechange proposée par Blavatsky lui est transmise par des êtres mystérieux, gardiens des vérités oubliées, les "Supérieurs Inconnus" dont nous reparlerons. Un expert en matière de spiritisme (W.E. Coleman) accusant de plagiat, preuves à l'appui, l'auteur d'Isis dévoilé (de nombreux passages ont été simplement recopiées dans la littérature ésotérique disponible à l'époque), celle-ci quitte les USA pour se réfugier en Inde.
C'est là qu'elle publie son deuxième ouvrage, "La Doctrine Secrète", emprunté cette fois aux littératures hindouistes et bouddhiques. Karma, mantra, yoga et réincarnation font leur apparition dans ses écrits. Les "Supérieurs Inconnus" sont remplacés par les "Maîtres Invisibles" vivant dans un sanctuaire sacré de l'Himalaya: le royaume de Shamballa (voir ce chapitre). Ces Maîtres Invisibles communiquent par l'intermédiaire de lettres qui apparaissent comme par enchantement sur son bureau… Mais une société de "recherche psychique" regroupant des passionnés de spiritisme, la Society for Physical Research (SPR), dénonce l'imposture en 1885, avec là encore de nombreuses preuves à l'appui. Trucages, manipulations… L'information sera reprise par René Guénon (cité plus loin) dans un livre intitulé "Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion"… Ou comment asseoir sa propre autorité en dénigrant ceux qui nous précèdent ! Ce scandale n'empêchera pas la Société de Théosophie de prospérer après la mort de sa fondatrice, dont nous retiendrons cette affirmation : "Le surnaturel n'existe pas, Dieu est un rêve, la prière un vain mot, le rite une jonglerie, le prêtre un menteur, le temple du terrain perdu, la révélation une chimère"…
Annie Besant (1847-1933) succède à Henry Steel Olcott à la tête de la Société de Théosophie en 1907. Conseillée par un ex-ecclésiastique anglican du nom de Leadbeater (1854-1934), elle présentera bientôt un jeune adolescent Hindou, Krishnamurti (1895-1986) comme le nouveau Messie. Tout comme le faisait H.P. Blavatsky, elle assoie ses "révélations" sur des communications reçues de la part des "Maîtres Invisibles", qui resteront le fil conducteur de toutes ces pseudo-révélations reçues par le Nouvel Age jusqu'à nos jours. Annie Besant écrivait à ce sujet (dans "Les lois fondamentales de la Théosophie", 1929) : "Devant la limitation mentale des modernes, les Grands Gardiens de l'Humanité, en leur sagesse, délibérèrent que les antiques vérités fussent nouvellement proclamées sous une forme adaptée à l'homme des nouveaux temps." Ce sont ces mêmes êtres mystérieux, les Mahâtmâ, qui auraient transmis la doctrine aux fondateurs de la Société. De "Grands Gardiens" bien décidés à combattre l'Église catholique, qui est en réalité que le culte solaire du dieu Mithra déguisé sous une apparence chrétienne, voilà qui donnerait à réfléchir, quand bien même on accorderait quelque crédit à leur existence !
Alice Bailey (née La Trobe-Bateman, 1880-1949) rejoint bientôt Annie Besant. Mais leurs relations conflictuelles amènent Alice Bailey à se séparer de la Société en 1920, pour fonder en 1922 Lucis Trust (appelé à l'origine Lucifer Trust !), puis l'Ecole Arcane en 1923, la Bonne Volonté Mondiale en 1932, et les Triangles en 1937. Sur un plan strictement littéraire, c'est sous sa plume qu'apparaît pour la première fois l'expression "Nouvel Age". Elle écrit dans "Le Retour du Christ" en 1948 : "L'important c'est le fait de la transition dans un new-age (nouvel age)." Notons également deux autres titres évocateurs de cet auteur: "L'Etat de disciple dans le Nouvel Age", et "L'Education dans le Nouvel Age".
1. – L'Institut Esalen
C'est à Esalen que naîtront les Mouvements de Développement du Potentiel Humain. Ils ont pour mission de libérer le corps et l'esprit (tout autant des habitudes socioculturelles qu'éducatives), de favoriser l'imagination et la créativité, et d'élargir les perceptions de la conscience. Tous thèmes repris par le Nouvel Age, qui a fait du développement personnel l'un de ses chevaux de bataille, témoins les nombreux stages qui fleurissent aujourd'hui, aux noms évocateurs: "Utilisez le pouvoir créateur qui est en vous", "Libérez votre imagination", "Découvrez les outils que vous avez en vous", etc.. Nous y reviendrons.
Dans cette quête d'un "élargissement de la conscience", quelques individus ont marqué le XX° siècle, parce qu'ils ont prôné pour parvenir à cette fin – il s'agissait bien d'un but à atteindre - l'usage de produits stupéfiants.
Aleister Crowley (1875-1947) tout d'abord, membre de la Golden Dawn (société initiatique strictement fermée), qui fonde sur l'inspiration d'un "Supérieur Inconnu" (voir plus loin) un ordre initiatique et magique, voir satanique: Astrum Argentinum (l'A… A…). Homme énigmatique à la vie sulfureuse, il s’attribut la désignation de «la Bête» et le numéro «666», et dit de lui-même: "Avant qu'Hitler fût, je suis". Pour lui, la drogue était un moyen de communiquer avec les anges, que nous savons être des démons. Aldous Huxley (1894-1963) ensuite, adepte de la mescaline: il recommande l'usage des champignons hallucinogènes pour élargir sa conscience, et vivre ce que les mystiques ont relaté depuis la nuit des temps (cf. "Les Portes de la perception", publié en 1954).
Plus connu sans doute et directement rattaché au mouvement New-Age, est le cas de Timothy Leary (1920-1996). Professeur de psychologie à l'université d'Harvard aux États-Unis, récemment converti à l'Hindouisme, il rencontre Huxley en 1961. C'est pour lui la révélation. En pleine protestation étudiante contre la guerre du Viêt-Nam, il se pose en prophète de l'élargissement de la conscience individuelle par l'usage du LSD, et devient l'un des maîtres à penser du mouvement hippie. "Votre corps est le Temple de Dieu – les Orientaux nous l'enseignent" prêche-t-il à ceux qui le rejoignent, avant de leur distribuer des doses massives d'acide. Il ignorait de toute évidence l'exhortation de l’apôtre Paul qui, en ce domaine, ne prête à aucune confusion: "… ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? Et que vous ne vous appartenez pas ? Vous avez été bel et bien rachetés ! Glorifiez donc Dieu dans votre corps." (1 Co. 6: 19-20)
Arrêté à deux reprises, il affirme devant la justice que les participants à ses "séminaires religieux" ont reconnu eux-mêmes avoir atteint sous LSD un "état mystico-religieux intense"… Les adeptes du Nouvel Age ne se vantent pas aujourd'hui d'une telle ascendance. Et pourtant ! Rappelons que ces contestataires des années 1960 - qui rejetaient le matérialisme de la société de consommation et prônaient l'épanouissement personnel – recherchaient déjà un idéal de groupe tolérant et fusionnel. Que leur trip ne les ait mené que vers des paradis artificiels, n'en change pas moins l'objet de leur quête: trouver l'harmonie en soi, avec les autres, avec la nature, avec Dieu, dans de grands élans de fleurs (pas seulement sur les chemises), de fraternité, et d'esprit communautaire… et il y a là bien des points communs avec la quête spirituelle des New-Agers modernes… substances prohibées en plus, et techniques dispendieuses en moins !
Dans cette veine du mouvement hippie, citons au passage l'opéra-rock "Hair", dont l'un des refrains disait: "Harmonie, loyauté clarté… Sympathie, lumière et vérité… Personne ne supprimera la liberté… Personne ne fera taire l'esprit… Le mysticisme nous apportera la révélation… Et l'Homme réapprendra à penser… Verseau ! Verseau !"
Citons encore pour cette même période Alan Watts, qui, en collaboration avec le docteur Keith Ditman, poursuit des recherches sur les pouvoirs "mystiques" du LSD. Alan Watts, qui louait les vertus du chanvre indien, est considéré comme l'un des pères spirituels du Nouvel Age… Toujours aux Etats-Unis, suivra bientôt sur le même registre Carlos Castaneda, qui publie en 1968 "The Teachings of Don Juan", traduit en français en 1972 sous le titre de "L'Herbe du diable et la petite fumée": il s'agit de sa thèse de doctorat en sciences humaines, dans laquelle il prône l'usage des champignons hallucinogènes dans une "quête mystique de l'être profond". Contrairement à T. Leary, il révisera sa copie dans ses productions littéraires postérieures, mais n'en reste pas moins une référence littéraire pour nombre de New-Agers…
Citons enfin Stanislav Grof, auteur de "Au-delà du cerveau", livre culte de la psychologie transpersonnelle. Son auteur, psychiatre de renommée internationale, a exploré le domaine des états de conscience modifiée à l'aide de substances psychopharmacologiques, telles que ce décidément fameux LSD. Il sera obligé d'abandonner ses recherches en 1976, celles-ci étant devenu illégales. On lui doit aussi l'invention de la respiration "holotropique", qui combine relaxation, hyperventilation et musique apaisante… le terme "holotropique" étant un néologisme bâti à partir du grec: "trepein" qui signifie tourné, dirigé vers, et "holos" qui indique le tout. Cette respiration est en effet censée diriger la conscience vers un vécu global, "holistique", pour reprendre un terme cher à la mouvance New-Age !
C'est en 1962 que s'installent dans une simple caravane Peter Caddy et sa femme Eileen, à Findhorn en Écosse. Une amie d'Eileen, Dorothy Maclean, les accompagne. Toutes deux pratiquent la méditation, et c'est une voix céleste qui leur indique un beau jour qu'ils doivent créer là un jardin potager. "Vous serez aidés par les dévas" précise cette "voix". L'appellation "déva" est d'origine sanskrite, mais comme nous l'avons vu, les portes vers l'Orient sont grandes ouvertes. Ces dévas d'un nouveau genre désignent donc ici de petits êtres invisibles qui résident dans la terre, et qui aideront ces pionniers dans leur tâche. Les résultats ne se font pas attendre, et les récoltes sont abondantes. Plusieurs dizaines de personnes ne tardent pas à rejoindre les trois fondateurs, et ainsi naît la Fondation nouvelle, qui devient un lieu de séminaire et un foyer de propagande très actif. Parmi les noms à retenir, passés par Findhorn, citons Sir George Trevelan, expert en agronomie, qui apporta sa caution scientifique: "Ce jardin offre l'image de cette sorte d'action créative que le Nouvel Age émergeant est en train de réaliser. Findhorn commence à établir une nouvelle façon de vivre. Nous sommes appelés à former une nouvelle société qui se consacre vraiment à Dieu et à la survie grâce à la coopération consciente de l'être humain avec des êtres de mondes plus élevés." Citons également David Spangler, directeur de l'"Initiative Planétaire" (organisation associée à l'O.N.U.), qui fut pendant trois ans co-directeur de la Fondation. Il affirme y avoir reçu de nombreux messages en provenance d'une entité divine qu'il appelle "Amour infini et liberté". Nettement moins poétiques que le nom de cette entité, sont certaines affirmations qu'on lui attribue aujourd'hui, telle "Personne ne pourra entrer dans le Nouvel Age sans avoir subi une initiation luciférienne."… Nous en reparlerons.
La Fondation Findhorn, dont la philosophie est profondément ancrée dans l'animisme, et le panthéisme, fait aujourd'hui référence dans le mouvement New-Age pour tout ce qui touche à l'écologie de la terre. Notre planète - assimilée à l'antique déesse Gaïa – est sacralisée. L'homme en est bien le maître, mais loin de devoir se soumettre au bon vouloir divin, il lui appartient de construire son propre bonheur, ici et maintenant, par une exploitation pacifique de la nature, suivant en cela les conseils prodigués par de mystérieux esprits célestes chargés de le guider dans cette tâche…
Dans le domaine de l'édition, il faut attendre l'année 1980 pour voir apparaître une première théorisation du mouvement. S'appuyant sur les dogmes véhiculés par la Société Théosophique dont nous avons parlé, Marilyn Ferguson effectue la synthèse des désirs de changement social qui ont caractérisé les années 1960, et des aspirations au changement de conscience typiques des années 1970: elle publie aux Etats-Unis "The Aquarian Conspiracy", livre qui est traduit en français dès l'année suivante sous le titre "Les Enfants du Verseau", dans lequel elle prédit une "Civilisation Planétaire Idéale" qui résulterait des transformations profondes de l'homme et de la société. L'ouvrage connaît un immense succès, et répand le Nouvel Age "à l'image d'un incendie dans une fabrique de feux d'artifices", selon les termes même de l'auteur.
En janvier 1990, la revue "20 ans" estimait que 10% de la population des États-Unis était déjà touchée, et le mouvement a profité des nouvelles techniques informatiques (et notamment du réseau internet) pour se répandre à la vitesse grand V à travers le monde. La France n'est pas en reste, avec un nombre croissant d'associations, de "Maîtres spirituels" et de gourous de tous poils, qui profitent d'un recul marqué dans la pratique des religions chrétiennes. Depuis le début des années 1990, de nombreuses maisons d'édition investissent dans ce marché juteux, et rivalisent dans la surenchère du merveilleux et de l'inédit. Dix pour cent des recettes de ce secteur sont assurés par la vente de livres New-Age ! Les domaines couverts par le mouvement sont extrêmement éclectiques, allant de la méditation aux médecines douces, des sciences occultes (astrologie, radiesthésie, etc.) aux spiritualités orientales, du développement personnel à l'écologie. Outre-Atlantique, c'est une trentaine de nouveaux titres qui paraît chaque semaine… Des périodiques ont également fait leur apparition, tels les revues Troisième Millénaire et Nouvelles Clés, dont le tirage peut atteindre 50.000 exemplaires. De nombreux Salons sont devenus les points de rencontre incontournables de ce mouvement, tels le Salon des médecines douces, Marjolaine, La Santé autrement, Vivre autrement, etc.. En 1991, la ville de Mulhouse a été décrétée première ville du Nouvel Age, à l’occasion du premier festival "pour la défense de la terre, de l’homme et de l’univers" !
Portrait du New-Ager potentiel Sans aucun doute le New-Age s'est-il engouffré dans la brèche ouverte par les aspirations des hommes en cette fin de XX° siècle. Celles-ci pourraient être ainsi définies:
- aspiration au bien-être et à la sérénité - avec un refus catégorique de la souffrance, par définition insupportable, voir toujours "injuste";
L'on pourrait également s'interroger sur la désacralisation de la pratique religieuse prônée par Vatican II et son Antichrist, et de ses conséquences sur l'éloignement des fidèles, en lesquels cette notion du sacré est intimement inscrite… Mais il faudrait sans doute y consacrer un volume à part entière.
Le mouvement New-Age est une vaste nébuleuse, en laquelle se côtoient aujourd'hui des courants de pensées les plus divers, et où croyances et fantaisies de toutes sortes rivalisent dans l'affirmation de la vérité. Nombreux sont ceux qui annoncent un Age d'Or à venir, caractérisé notamment par un Gouvernement et une Religion unique sur le plan mondial. C'est le "millenium d'amour et de lumière" annoncé par Marilyn Ferguson, correspondant au retour du "Christ cosmique" prédit par Alice Bailey. L'écologie y trouve une large part, notre terre étant considéré comme une Mère, dont chaque élément est en lui-même partie intégrante du "Divin". Voguant entre panthéisme et philosophies orientales, le New-Age prône une "Nouvelle Alliance" avec la Nature, base d'une nouvelle culture planétaire. Des guides spirituels invisibles sont chargés de guider l'être humain dans cette voie, qui prennent tour à tour le nom de "Grands Initiés", de "Supérieurs Inconnus", de "Maîtres Invisibles" ou "de Sagesse", de "Maîtres Ascensionnés", etc.. Nous y reviendrons.
Cela dit, quelques principes de base sont véhiculés par tous les mouvements qui se rattachent à cette philosophie:
1. - L'homme y est présenté comme un petit dieu, capable de toutes les merveilles, de toutes les réalisations, de tous les "possibles". L'exploitation de son potentiel le rend radicalement autonome et indépendant. Dieu est remplacé par la "Divinité", "monade suprême", Présence universelle immanente, intérieure et non pas extérieure à l'homme, et donc en aucun cas "Créateur", évidemment encore moins "Père". L'adepte n'entretient pas avec lui un rapport d'altérité, mais de fusion. Il s'agit là d'une déformation de la philosophie hindouiste, qui sera explicitée au chapitre consacré aux techniques de méditation. "Dieu et moi ne nous bornons pas à communiquer; nous communions et nous sommes un" écrivait David Spangler.
2. – La Révélation est niée. Jésus n'est - dans le meilleur des cas - que le corps temporaire choisi par "Christ" pour l'une de ses incarnations… On le retrouve souvent décrit comme un Maître de Sagesse au même titre que Lao Tseu, Bouddha, Mahomet, etc. Il s'en suit que la Rédemption est également niée, l'homme se sauvant par lui-même, rejetant ainsi le Dieu unique qui s’est manifesté dans la chair.
"Au commencement était la Parole et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu… Et la Parole s'est fait chair et il a habité parmi nous…" (Jean 1, 1 & 14)
3. – Pour l'adepte du New-Age, la quête de l'évolution spirituelle et du bien-être personnels remplacent l'abandon confiant en Dieu et la pratique de la charité. L'égocentrisme prend le pas sur l'altruisme.
"Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera." (Mat 10, 39 & 16, 25 – Marc 8, 35 – Luc 9, 24 & 17, 33)"Quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j'aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien…" (1 Cor 13, 2)
4. – Cette évolution ("élévation") spirituelle doit mener à la Connaissance, prélude à la fusion avec la Divinité (Éveil ou Illumination). La notion "Création – Chute – Rédemption" est en quelque sorte remplacée par la progression "Naissance(s) – Élévation – Illumination"… Schéma également emprunté à l'hindouisme, très en vogue dans ce mouvement. Pour parvenir à cette "Illumination" libératrice, tout être humain bénéficie de plusieurs vies (dogme de la réincarnation, principe de la pluralité des existences), et vit sous le joug du karma (dettes contractées lors de vies antérieures) dont il devra peu à peu s'affranchir.
"A la résurrection, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel." (Mat 22, 30 – Marc 12, 25 – Luc 20, 35-36)"Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra." (Jean 11, 25)"Et comme les hommes ne meurent qu'une fois, après quoi il y a un jugement, ainsi le Christ, après s'être offert une seule fois pour enlever les péchés d'un grand nombre, apparaîtra une seconde fois – hors du péché – à ceux qui l'attendent, pour leur donner le salut." (Hb 9, 27-28)
5. – Le Bien et le Mal sont des notions relatives. Ils n'existent pas dans l'absolu. En ce sens, tout chemin d'expérimentation est bon, pourvu qu'il soit "librement" choisi. "C'est vrai si tu le crois" dit-on à l'adepte.
"Entrez par la porte étroite. Large, en effet, et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s'y engagent; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent." (Mat 7, 13-14)"… car elle vient, l'heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix et sortiront: ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de jugement." (Jean 5, 28-29)
Par ailleurs, tous les écrits relevant de ce mouvement emploient un vocabulaire commun, utilisé à dessein pour emporter l'adhésion du lecteur: énergie (positive, cosmique), vibration (force vibratoire, vibrer), intuition, souffle, canal, rayon (rayonnement), harmonie (harmonisation), réception (réceptivité), conscience, éveil, réalisation de soi, épanouissement, connaissance, pouvoir, renaissance, et bien sûr les incontournables amour, cœur, lumière, liberté, paix, etc.
Portons une attention particulière aux allusions répétées aux couleurs, et plus précisément à l'arc-en-ciel, car ce symbole semble être la "marque de fabrique" de toute entreprise estampillée New-Age. Il n’est donc pas étrange de voir que ce même symbole fut adopté par le mouvement des Gays (homosexuels et lesbiennes) pour représenter la fierté de leur perversion et leur rébellion contre Dieu. Et de même que l'arc-en-ciel était le symbole dans l'Ancien Testament de l'Alliance de Dieu promise à Noé ("Tel est le signe de l'Alliance que j'établis entre moi et toute chair qui est sur la terre", Gn 9, 12-17), de même il est ici la marque de cette "Nouvelle Alliance" avec un univers totalement divinisé. Une seule moitié en est représentée, qui symbolise le pont entre l'âme humaine individuelle et le "grand esprit universel" (assimilé par certains avec Lucifer). Le théosophisme a ainsi créé un drapeau bouddhiste de couleur arc-en-ciel, qui a inspiré certaines associations gays et même certaines branches de l'O.N.U. à la suite de groupes franc-maçonniques… A propos de l'O.N.U. (et sans développer ici ce sujet… brûlant), signalons que Leland Steward, président du "Conseil de l'Unité dans la Diversité" créé sur une directive de l'Assemblée Générale de l'O.N.U. en 1965, avait déclaré: "L'harmonie de toutes les religions m'intéresse au plus haut point. Il ne s'agit pas simplement de donner naissance à une nouvelle religion, mais plutôt de créer une perspective religieuse universelle, par laquelle toutes les cultures, toutes les religions et toutes les races pourront s'interconnecter"…
Ce mélange des références religieuses de toutes les traditions est bien aujourd'hui la "potion magique" habituelle aux divers groupements Nouvel-Age (c'est ce que l'on appelle le syncrétisme).
Voici quelques exemples des caractéristiques qui précèdent:
Sur le site internet qui vante les bienfaits des ouvrages de Daniel Meurois et Anne Givaudan, on lit ainsi: "Nous sommes déjà nombreux à pouvoir témoigner combien les livres de Anne et Daniel sont une excellente nourriture pour l'âme, un excellent remède contre le manque d'amour, et qu'ils sont à la portée de tous ceux qui sentent un appel dans leur cœur ! Les livres de Anne Givaudan et de Daniel Meurois nous aident d'une façon ou d'une autre à découvrir notre vraie nature intérieure, celle qui ne demande qu'une chose: être lumineuse et rayonner. Cette vraie nature, c'est celle de l'Amour..."
De "vibrations", il est beaucoup question sur le site "Magie et Evolution Divines", site "offert à la Divine Mère, à la Divine Providence, à Jésus le Christ, à Urgaya, à Franz Bardon, à Maître Koot-Homi, à Maître Morya et à tous les Frères de la Lumière de la Grande Loge Blanche". "Tout est Vibration, tout est Energie !" y lit-on. Et ce site n'est pas avare de conseils… On y apprend que "Dieu ayant un Etat Vibratoire éminemment supérieur à l'humain, celui-ci a tout intérêt à incorporer en lui le maximum d'Energies et de Vibrations Divines." L'intérêt de l'homme est donc là: ressembler à Dieu… devenir Dieu lui-même. "Le meilleur résultat vient sans nul doute d'une purification quotidienne quelles qu'en soient les méthodes. Encore faut-il être initié à ces Sciences Divines." Incontournable initiation, commune à la majorité des mouvements New-Age. Vous êtes encore chrétien ? N'en faites pas une affaire: "Devant la Divine Providence, Dieu Unique, nous affirmons que votre religion ou votre croyance ne gêne en rien la captation et l'efficacité de ces Energies Divines Transcendantes." Nous voilà rassurés ! Bel exemple de récupération de noms familiers aux chrétiens (Dieu, Providence, Jésus…), pour tenter de les emmener sur un chemin qui en est diamétralement opposé ! Ce site étant en lien étroit avec ceux présentant les recherches d'Eileen Caddy et de Franz Bardon (1909-1958), nous aurons l'occasion d'y revenir.
Pour ce qui concerne le domaine du "pouvoir", on en trouve un exemple dans "La petite voix" d'Eileen Caddy, à la date du 15 juin : "Tu détiens un grand pouvoir dans tes mains. Veille à bien l'utiliser pour le bénéfice du tout. Le pouvoir peut être utilisé positivement ou négativement, la façon dont tu l'utilises dépend uniquement de toi. Lorsque tu ne veux voir que les meilleurs résultats, et que tu l'utilises positivement, les évènements les plus merveilleux peuvent arriver. […] Les âmes qui sont prêtes et préparées à utiliser correctement ce pouvoir sont employées, en ce moment, pour participer à l'avènement du nouveau ciel et de la nouvelle terre."
Baird T. Spalding (1857-1937) avait déjà affirmé dans "Treize leçons sur la vie des maîtres": "Dieu est ce Pouvoir vibratoire dont vous pouvez vous entourer. Il vous montre qu'Il est à votre disposition comme toutes vos connaissances. […] L'homme est créé à l'intérieur de Dieu, inclus dans la totalité de Dieu, il est formé de l'essence même de la nature de Dieu. Il n'a pas besoin d'atteindre Dieu: il est Dieu. Dieu et l'homme sont inséparables. L'homme doit se souvenir qu'il est Dieu, et qu'il n'existe donc pas de séparation entre l'individuel et l'universel; qu'il est partie intégrante du Tout et que sa nature est identique à la totalité. "Je suis Dieu" est une des affirmations les plus claires que puisse proclamer l'individu." On ne peut en effet être plus clair, dans cette affirmation du "Tout est un, tout est Dieu, je suis Dieu", que l'on retrouvera comme idée directrice de l'ensemble des mouvements New-Age.
Voici enfin quelques lignes typiquement Nouvel Age que nous devons à El Morya, l'un des membre de la Grande Fraternité Blanche, organisation spirituelle composée de "Maîtres Ascensionnés" venus de notre Terre pour passer dans l'Immortalité - organisation dont feraient également partie Lao Tseu, Bouddha, le comte de Saint-Germain, et… le Christ et Marie, sa mère.
Malgré tous les points communs cités plus haut, il apparaît nombre d'incohérences et de contradictions à la lecture de toute cette prose Nouvel Age… Sur ce sujet, Cyrille Odon - créateur du site New-Age L'Homme Multidimensionnel & la Terre Nouvelle - a reçu la réponse suivante de la part d'Yvon Gagné, transmise par son "guide spirituel": "La vérité n'est faite que d'un ensemble de facettes. Et nous pouvons regarder chacune de ces facettes selon notre propre point de vue... Aussi est-il important que chacun approfondisse sa réalité. Plus exactement celle qui correspond à son cheminement et à sa perspective, en fonction de son présent, afin de réaliser la meilleure création qu'il puisse réaliser dans le moment, et en fonction de cette perspective. Elle est bien sûr en correspondance avec notre niveau vibratoire et notre état émotionnel..." Et il ajoute plus loin : "Nous sommes beaucoup enfermés dans les mots et coincés par eux, dans une définition stricte et arrêtée, univoque, de la réalité. [...] La seule démarche véritable est de s'en faire une idée personnelle par expérience propre (aux deux sens du termes), en veillant à ce que cette expérience ne soit pas elle-même gauchie par le langage ou l'émotion négative." Je me garderai bien d'employer l'expression "noyer le poisson", en ce commencement d'ère du Verseau… Mais cette mise au point a le mérite de la clarté: toute expérience propre ouvrant une porte sur la réalité, et la vérité étant personnelle à chaque individu, l'adepte du New-Age n'a plus que faire des enseignements religieux. Et c'est bien finalement ce à quoi tendent en profondeur tous ces mouvements New-Age: éloigner l'être humain de la religion (et surtout de la religion chrétienne et calviniste), pour le mettre à la merci des révélations nouvelles, dont l'origine véritable ne laisse guère de doute, nous allons le voir.
L'expérience personnelle - Intuition et volonté Piège de l'orgueil spirituel Que recherche donc l'adepte du New-Age ? Une expérience initiatique, et l'accès à la Connaissance qu'on lui a fait miroiter dès l'abord.
Pour l'adepte du New-Age, l'accès au "salut" se fait par la gnose, par un savoir supérieur réservé à une élite, et qui plus est, par un savoir… qui se paye (il faut bien acheter les livres, payer les stages, etc.) ! Curiosité, attrait de l'insolite, du merveilleux, voir des pouvoirs occultes, mais aussi attrait pour une certaine "facilité", dans la mouvance de "L'Alchimiste" de Paolo Cuelho: pour se réaliser pleinement en ce monde, il suffit de suivre sa "légende personnelle", répondre à ses propres désirs, à ses propres envies…
Sur le site internet "Emeraude", site "dédié à notre Mère, la Terre", on lit par exemple les lignes suivantes (communication télépathique de "Lumière de l'Être" reçue en 1997): "J'aimerais vous rappeler, bien-aimés frères et sœurs de l'humanité, que la Réalisation Christique ne se fait pas seulement par la foi dans le Divin. Elle se fait également par l'intérêt et l'action de l'esprit vers la Connaissance. La Foi guide le pèlerin sur la route qui le conduit à la demeure du Père et la Connaissance révèle les indications de cette route. Pendant toute mon incarnation de Jésus, J'ai cultivé une détermination à vouloir m'ouvrir à des réalités qui m'étaient totalement étrangères. Cette attitude a grandement contribué à nouer mon esprit de la Connaissance et a amplifié ma Foi de la grandeur des affaires du Père." S'ouvrir à la Connaissance: nous retrouverons cet appel dans tous les mouvements se réclamant du Nouvel Age.
La déification de la volonté est également monnaie courante. Les livres de Paolo Coelho sont assez représentatifs dans ce domaine, lui qui fait dire par exemple à l'un de ses personnages dans "L'Alchimiste": "Il y a une grande vérité en ce monde: qui que tu sois et quoi que tu fasses, lorsque tu veux vraiment quelque chose, c'est que ce désir est né dans l'Ame de l'Univers."
Nous sommes bien loin, à l'opposé même de la prière enseignée par Jésus, prière adressée à Dieu notre Père: "Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel" (Mat 6, 10). Abandon à la volonté divine dont Il nous a donné l'exemple, et montré le chemin: "Non pas comme je veux, mais comme tu veux… Que ta volonté soit faite !" (Mat 26, 39-42)"Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé" (Jean 4, 34)"Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé" (Jean 6, 38).
Il n'y a évidemment aucune place pour l'individualisme en Jésus, aucune recherche personnelle, tout est remis à la Souveraineté de Dieu: "Celui qui parle de lui-même cherche sa propre gloire; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l'a envoyé, celui-là est véridique et il n'y a pas en lui d'imposture." (Jean 7, 18)"Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien; c'est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites: Il est notre Dieu." (Jean 8, 54)
Et Jésus définit clairement quel doit être le cheminement des hommes: "Une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi." (Jean 12, 32)"Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive." (Mat 16, 34 – Marc 8, 34 – Luc 9, 23)
Initiation Détailler le processus et les étapes des différents niveaux initiatiques que doit, au sein du mouvement New-Age, parcourir l'homme pour atteindre le sommet de son accomplissement spirituel, n'offre que bien peu d'intérêt. Contentons-nous donc de jeter un œil sur cet aperçu donné sur le site internet de Shakti, une "revue encyclopédique de spiritualité". On y apprend que les initiations sont au nombre de cinq pour le règne humain (pour le règne végétal, demandez à votre fleuriste), et qu'elles s'échelonnent sur une dizaine de vies (ce qui représente tout de même plusieurs siècles !), pour aboutir enfin à la dernière incarnation. Mais avant d'accéder à la première initiation, le prétendant aura du vivre des dizaines de milliers de vies, pendant lesquelles il aura progressé péniblement, surmontant les épreuves, et se libérant peu à peu de son karma... Et dire que nombreux sont ceux que cette théorie attire !
Voyons donc ce qu'il en est de ces initiations: Première initiation: "maîtrise du corps physique"; deuxième initiation: "maîtrise du corps astral" ; troisième initiation, "maîtrise du corps mental" ; quatrième initiation: "lorsque le lien avec l'âme est total" ; cinquième initiation: "lorsque la personnalité est totalement imprégnée par l'âme et l'Étincelle divine. L'individu est alors un Maître de sagesse ou Maître ascensionné". Et voilà la perspective offerte à l'adepte: devenir peu à peu son propre maître, jusqu'au titre de "Maître de sagesse"… Voilà sans doute l'une des principales raisons du succès de ces théories, qui mettent tristement en valeur l'immensité de l'orgueil humain…
Vous vous demandez où vous en êtes personnellement de ce parcours ? Ne vous faites pas trop d'illusions: selon le "Maître" de Benjamin Creme (in "La mission de Maitreya"), sur 6 milliards d'êtres humains actuellement en "incarnation": 6 millions (soit un pour mille) sont aux portes de la 1ère initiation – "c'est-à-dire ayant commencé à prendre contact avec leur âme", 850.000 ont atteint la 1ère initiation, 250.000 la 2ème, 3.000 ont la 3ème, et 450 seulement la 4ème… Et Benjamin Creme de préciser que le total des âmes s'élève à 60 milliards ! Nous avons donc toutes les chances de nous trouver dans la première catégorie (celle des humains particulièrement obtus et fermés aux révélations présentes), ce qui nous laisse encore quelques siècles devant nous pour progresser… Réjouissante perspective !
"Il y a eu de faux prophètes dans le peuple, comme il y aura aussi parmi vous de faux docteurs, qui introduiront des sectes pernicieuses et qui, reniant le Maître qui les a rachetés, attireront sur eux-mêmes une prompte perdition. Beaucoup suivront leurs débauches, et la voie de la vérité sera blasphémée, à cause d'eux. Par cupidité, au moyen de paroles trompeuses, ils trafiqueront de vous, eux dont le jugement depuis longtemps n'est pas inactif et dont la perdition ne sommeille pas." (2 P 2, 1-3)
Les précisions qui suivent prêteraient à sourire, si le sujet n'était pas aussi grave. Elles figurent dans un livre d'Alice Bailey (dont nous reparlerons): "Les rayons et les initiations", et reprises on ne peut plus sérieusement sur le site de Shakti déjà cité.
On y apprend que parmi les "Grands Initiés" se trouvaient Abraham et Moïse (difficile de les passer sous silence…), et qu'auraient atteint la "troisième initiation" les personnalités suivantes (accrochez-vous…):
On trouve également dans les 3 tomes de "La mission de Maitreya" de Benjamin Creme, de nombreuses précisions sur les fondateurs du mouvement New-Age, ainsi que sur quelques personnalités historiques, ou attachées au christianisme… précisions toujours reprises sur le site de Shakti. Par exemple: Helena Petrovna Blavatsky (1831-1891), co-fondatrice de la Société théosophique: "Ame de 1er rayon, personnalité de 2ème rayon, corps mental de 1er rayon, corps astral de 6ème rayon". On ne peut être plus précis !
Selon le Maître de Benjamin Creme, elle a été Cagliostro (1743-1795) dans sa vie précédente. et s'est réincarnée depuis 1984 dans un corps masculin à Leningrad (et devrait devenir un Maître à la fin de sa vie présente)…
Je vous propose de rester sur le site de Shakti, décidément inépuisable en ce domaine, lui qui a puisé aux sources "inspirées" que sont Benjamin Creme et Alice Bailey, pour nous offrir l'organigramme de l'actuelle Hiérarchie Spirituelle, qui préside aux destinées de notre monde...
Au-delà du ridicule d'une telle énumération, retenons la gravité d'une telle récupération des principaux piliers du christianisme… Songeons que tout cela est pris très au sérieux par de nombreux adeptes, prêts à gober tout ce qui leur est donné en pâture, pourvu qu'ils aient l'espérance d'une élévation spirituelle, et l'accès à la Connaissance… Et il y a là de quoi frémir…
"Auparavant doit venir l'apostasie et se révéler l'Homme impie, l'Etre perdu, l'Adversaire, celui qui s'élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte, allant jusqu'à s'asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu..." (2 Th 2, 3-4)"Sa venue à lui, l'Impie, aura été marquée, par l'influence de Satan, de toute espèce d'œuvres de puissance, de signes et de prodiges mensongers, comme de toutes les tromperies du mal, à l'adresse de ceux qui sont voués à la perdition pour n'avoir pas accueilli l'amour de la vérité qui leur aurait valu d'être sauvés..." (2 Th 2, 9-10)
Le New-Age propose à l'adepte "d'élargir sa conscience". Il trouvera en même temps mieux-être personnel et accès à la Connaissance.
Le danger de la contemplation narcissique y est évident. Est-il besoin de préciser que la sérénité naturelle induite par ces techniques (yoga, zen, etc.) - qui provoquent la dissolution de la conscience personnelle - n'a rien à voir avec la Paix surnaturelle de l'Esprit ? Celle-ci ne nécessite pas un recours à des "techniques" humaines pour être accueillie. Et il n'y a pas plus de yoga chrétien qu'il n'y a d'oraison hindoue ou bouddhiste. Par ailleurs, les sensations du corps éprouvées lors de ces séances de "relaxation" sont volontairement ou non confondues par les pratiquants avec de soi-disant phénomènes spirituels…
Le New-Age ayant largement puisé dans les philosophies bouddhiste et hindouiste les éléments constitutifs de ces techniques de méditation, il semble important d'étudier succinctement mais précisément ce qu'il en est véritablement en Orient.
Le Bouddhisme tout d'abord. Pour le bouddhiste, la vie en ce monde est douleur. La seule quête spirituelle possible consiste donc à s'en échapper. Dans son premier sermon à Bénarès, Siddharta Gautama devenu Buddha (= éveillé) dira qu'il faut arracher les hommes à la souffrance, le seul moyen efficace pour parvenir à ce but étant l'extinction du désir: "L'extinction du désir, l'extinction de la haine, l'extinction de l'illusion (causes ou fruits du désir), cela, ô moines, est appelé l'absolu. [...] Ne te laisse pas abuser, Ananda, la vie est une longue agonie. [...] N'attendez rien des dieux impitoyables... Attendez tout de vous-mêmes, en n'oubliant pas que chaque homme crée sa prison, et que chacun peut acquérir un pouvoir supérieur à celui d'Indra lui-même." (Indra est le Roi des dieux dans le védisme-hindouisme). L'homme étant défini comme son propre maître, c'est donc par son effort personnel qu'il supprimera la souffrance, en passant par l'extinction du désir.
Ashvaghosa, l'un des maîtres actuels du bouddhisme tibétain en France, explicite ainsi l'idée de l'impermanence des choses, et de l'illusion de la vie: "Toute existence est comme une réflexion dans un miroir, sans substance, un simple fantôme de l'esprit. [...] Les idées cessant, le monde se termine aussi [...]. Tous les phénomènes ont leur origine dans l'esprit et n'ont réellement aucune forme extérieure: c'est une erreur de croire que quelque chose est là." Rien n'existerait donc en dehors de l'esprit.
Nagarjuna, autre maître du bouddhisme en France, va encore plus loin: "L'océan du sans formes est à la base de toutes les formes... Il n'y a ni naissance ni mort, ni unité ni pluralité. Tout est illusion, tout est Vide. Cette vacuité n'est ni l'être ni le non-être, ni le néant..." Il y a là identification du Vide et de l'esprit pur, dans l'unique Réalité.
On retrouve cette approche de la Réalité bouddhique dans le Livre des Morts tibétains (Bardo-Thödol): "Tu vas connaître la Réalité, dans l'état de Bardo où toutes choses sont comme le ciel vide sans nuages (la Sagesse du Miroir), et où l'intelligence nue et sans tache est comme une vacuité transparente sans circonférence ni centre (la Sagesse du Vide)..."
Une dernière citation permettra de situer parfaitement la pensée bouddhique relative à la nature de l'esprit. Nous l'emprunterons au Lama Denis Teundroup, disciple européen de Kalou Rinpoche, et "père-abbé" du monastère de Karma-ling (cité in "Les Racines du Monde", de Jean Denis, 1993):
"L'enseignement bouddhique propose la compréhension de ce qui est intérieur à nous-mêmes: l'esprit. Le bouddhisme est donc ce qu'on peut appeler une voie d'intériorité. [...] Cette pratique est fondée sur la méditation, c'est-à-dire l'expérience d'une relation juste à notre vécu intérieur et extérieur, à toutes nos expériences. [...] Nous portons en nous la racine de nos conditionnements et de nos souffrances, tout comme nous portons en nous l'éveil, la nature du Buddha, l'état fondamental de l'esprit au-delà du jeu des projections de l'ego. [...] Dans la méditation bouddhique, il n'y a plus ni sujet ni objet, mais l'expérience immédiate d'une réalité non dualiste. Car ne n'est plus l'intellect qui perçoit, mais une qualité énergétique particulière, permettant l'unification de l'esprit par la libération des projections conditionnées de l'ego. La connaissance transcendante est la découverte de l'expérience non dualiste en laquelle l'esprit est auto-connaissant, il est le sujet et l'objet de sa propre connaissance. [...] Cette connaissance est au-delà des concepts et au-delà de toutes les formulations.
Ne perdons jamais de vue la différence entre ces deux termes: fusion et union, celui-ci supposant deux objets à unir, principe de la dualité.
L'Hindouisme ensuite. Nous retrouvons la notion de non-dualité, mais cette fois dans l'intime identification entre le Soi (le moi profond de l'être humain, l'âtman selon le terme hindou sanskrit) et l'Esprit immortel, le Principe Unique, l'Absolu: le Brahman. L'Upanishad, écrit du VIII° siècle avant Jésus-Christ, définissait ainsi cette double "qualité" du Brahman: "Il y a en vérité deux aspects du Brahman: le corporel et l'incorporel, le mortel et l'immortel, le fixe et le mobile, le sensible et le transcendant." (2, 3, 1).
Pour parvenir à saisir cette unicité au plus profond de lui-même, l'hindou est appelé à pratiquer le yoga, discipline qui lui ouvre le chemin de l'intériorité. Shankara écrit ainsi au VIII° siècle de notre ère: "Le Soi est Brahman [...] le Soi est tout cet univers. Rien d'autre n'existe que le Soi... Je suis Brahman!" ("Shankara et le Vedanta" de Paul Martin-Dubost, Paris, Le Seuil, 1973). Et cette identification à l'Absolu atteint son sommet dans les lignes qui suivent, extraites d'un poème de Shankara: "Je ne connais ni la mort, ni le doute, ni les distinctions de castes. Point de père, point de mère. Je n'ai jamais pris naissance. Je n'ai aucun ami, aucun parent, point de maître, point de disciple. Je suis Intelligence et Félicité pures..." (op. cit.) Être, Intelligence et Félicité (Sac-Cid-Ananda), triple qualité du Brahman, unifié ici au Soi de Shankara.
Un autre élément de la croyance hindoue est à prendre en compte: le samsara, principe de la réincarnation. Dans la Bhagavad-Gita, Vishnu - créateur et destructeur des cycles du monde - s'exprime ainsi: "Les mondes sont assujettis aux retours [..]. Quand on sait que la durée complète d'un "jour de Brahman" est de mille éons, et de mille éons sa nuit, on connaît vraiment ce qu'est un cycle cosmique. [...] Cette multitude des êtres, lorsqu'elle est venue encore et encore à l'existence, se résorbe malgré soi, quand vient "la nuit" ; elle surgit à nouveau quand revient "le jour"." (VIII, 16-19). Cycle des mondes, cycle de la vie des êtres. Toujours dans la Bhagavad-Gita, est explicité ce retour incessant à l'existence: "En vérité, jamais ne fut le temps où je n'étais point, et plus tard ne viendra pas celui où je ne serai pas. Comme l'âme passe physiquement à travers enfance et jeunesse et vieillesse, ainsi passe-t-elle à travers les changements de corps. Le sage ne s'y trompe pas. [...] Les corps ont une fin; l'esprit qui s'y incarne est éternel, indestructible, incommensurable. [...] A la façon d'un homme qui a rejeté ses vêtements usagés et en prend d'autres, neufs, l'âme incarnée, rejetant son corps usé, voyage dans d'autres qui sont neufs. [...] En vérité, pour qui est né, la mort est certaine et certaine la renaissance pour qui est mort..." (II, 12-13, 18, 22, 27)
Notons au passage que pour ce qui concerne la connaissance de ces vies antérieures, très en vogue dans tous les mouvements New-Age, hindouistes et bouddhistes restent extrêmement réservés. Tel le Lama Denis Teundroup déjà cité, qui rappelle que "en ce qui concerne les souvenirs des vies antérieures que prétendent avoir les êtres ordinaires, le bouddhisme demeure très réservé. Il n'est pas possible de distinguer ce qui peut être authentique de la pure affabulation ou hallucination. Dans le doute, mieux vaut traiter ce genre de phénomènes comme des projections illusoires, ce qui évite de délirer." (cité in "Les Racines du Monde", de Jean Denis, 1993).
On l'aura compris, cette perspective de réincarnations infinies n'a rien de réjouissant. Les philosophies orientales ont donc axé la quête de l'être humain sur la Délivrance de cet enchaînement (au sens strict du terme) des réincarnations. Cette délivrance est appelée moksha. Reprenons la Bhagavad-Gita: "Les sages adonnés à la vigilance, détachés du fruit des actes, sont libérés du lien des renaissances [...]. L'homme qui, abandonnant tout ses désirs, va et vient, libre d'attachement, ne dit plus: C'est à moi, ni Je; celui-là accède à la paix [...], ne s'égare plus [...]; à l'heure ultime il atteint le Brahman." (II, 51, 71-72) "Ceux pour qui la connaissance détruit l'inconnaissance, pour eux la connaissance tel un soleil, illumine la réalité suprême. Tendus vers elle d'un esprit vigilant, s'identifiant à elle, ayant en elle leur fin ultime, ils arrivent à l'état où il n'y a plus de retour [...]. Le Sage, tendu vers la Délivrance, sa fin ultime, est dépris du désir, de la crainte, de la colère; il est libéré à jamais." (V, 16-17, 27-28).
La quête spirituelle de l'oriental consiste donc à échapper à la roue des réincarnations. Au bout du voyage: le Vide pour le bouddhisme, et la fusion avec le Brahman pour l'hindouisme.
Il peut évidemment sembler étrange qu'une telle perspective ait pu trouver écho en Occident, mais comme nous avons commencé à le voir, pour masquer la lourdeur de cette loi implacable, les porte-parole du mouvement New-Age n'ont pas manqué d'arguments... tous aussi fallacieux que trompeurs. Revenons donc à leur écoute.
L'individualisme spirituel qui caractérise ces pratiques de méditation présentées par les groupements New-Age, est toujours masqué par un vocabulaire chatoyant, qui enveloppe d'un papier cadeau rutilant ces méditations "unifiantes", censées agir pour le mieux-être de la planète tout entière. Un succédané de charité, passive, édulcorée, et de surcroît pratiquée à distance !
En voici un exemple, avec la "Méditation du Pissenlit" proposée par Daniel Meurois sur son site internet. On y retrouve les incontournables références au passé lointain et inconnu (les "peuples du soleil"), les termes empruntés à l'Orient ("prâna", mot qui désigne dans le monde hindouiste l'ensemble des énergies qui circulent en l'homme), et les formulations habituelles du New-Age ("ouvrez votre âme", "l'écran de votre conscience", "visualisation", "harmonie", etc.):
"Voici une vieille façon d'agir utilisée autrefois chez les peuples du Soleil. Ce n'est pas une technique mais un moyen d'ouvrir la nouvelle ère du Don. Nous la nommons la Méditation du pissenlit. Elle voyagera à nouveau de poitrine en poitrine. Voici: asseyez-vous à même le sol et les pieds déchaussés. Lorsque vous serez calme et relaxé, ouvrez votre âme, écoutez le silence et sentez la lumière du prana tourner autour de vous. Ensuite, commencez à projeter sur l'écran de votre conscience la sphère duveteuse d'un pissenlit prêt à essaimer. Visualisez bien les milles graines dans toute leur perfection et chargez chacune d'elles de toutes les qualité dont la Terre a soif. Ainsi rayonneront la graine de l'harmonie, celle de la tolérance, de l'amour inconditionnel, de la Paix et de tous les trésors qu'un cœur peut contenir et générer. Lorsque la sphère duveteuse sera ainsi chargée de ces messages, avec votre "souffle intérieur", éparpillez-les et voyez-les se disséminer à travers les cieux des cent contrées de la Terre et y déverser leur suc..."
Cette émission à distance de "bonnes vibrations", "d'ondes harmonieuses", "d'énergie positive"… remplace ainsi avantageusement pour l'adepte du New-Age l'épuisante charité du christianisme. "Moi d'abord": si je vais bien, le monde ira mieux, donc je ne m'occupe que de moi. Voilà ce dont on a convaincu l'adepte, qui ne doit avoir pour seule préoccupation que son bien-être, son évolution spirituelle, son destin. Et plongé dans cet égocentrisme spirituel, le "new-ager" est bien persuadé d'aimer l'humanité entière…
Par ailleurs, notez qu'au cours de cette méditation, c'est le cœur qui génère de lui-même les trésors d'amour qu'il va diffuser autour de lui… L'homme est considéré comme un petit dieu, capable de toutes les merveilles, de toutes les réalisations, de tous les "possibles". Cette auto-déification est une constante nous l'avons dit de la philosophie New-Age. Elle rejoint ici la philosophie hindouiste, qui recherche la fusion du Moi et du Soi, refusant toute idée de dualité (d'altérité), et donc d'un rapport Créateur – créature. C'est la raison pour laquelle il n'est jamais question de Dieu dans les doctrines New-Age, mais tout au plus de la "Divinité", vaste concept indéfinissable, que les différents "gourous" se gardent d'ailleurs bien de préciser davantage…
Également empruntée à l'Orient, une affirmation telle que "Ce que vous vivez sur terre, n'est qu'illusion", trouvée sur le site de L'éveil à la conscience (dont le logo est un magnifique arc-en-ciel…). Sur ce même site, on trouve d'autres citations telles que: "Au sujet de vos croyances: Vous croyez à certaines choses mais des quantités de gens croient complètement autre chose et même le contraire. Les croyances ne sont pas la réalité. Tous ceux qui deviennent conscients découvrent la réalité." Autrement dit, votre foi ne vaut rien, puisque d'autres personnes ont une foi différente de la vôtre…
"Jésus leur dit: « Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n'aura jamais faim ; qui croit en moi n'aura jamais soif »." (Jean 6, 35)"« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle »." (Jean 6, 47) |