1. Formation du texte
lui-même
Il y eut sans doute très
tôt des textes en partie écrits, en partie transmis oralement, on ne
peut trancher précisément. Nous savons en effet que l’écriture
existait bien longtemps avant Moïse, sous des formes diverses :
pictogrammes en Mésopotamie, à Sumer (le pays d’Ur, d’où sortit
Abraham) dès 3000 BC , hiéroglyphes en Égypte dès les débuts de la
civilisation égyptienne. L’écriture alphabétique quant à elle est
apparue sans doute en Phénicie ou dans la région du Sinaï... juste
avant l’époque de Moïse (vers 1500 BC).
Peut-être déjà Abraham,
par exemple, a-t-il fourni et transmis de premiers matériaux décrivant
son expérience et sa vie. Les textes d’alors pouvaient être gravés sur
la pierre, ou écrits sur des tablettes d’argile.
Mais quoi qu’il en soit,
le texte biblique proprement dit commence avec Moïse. Il fut inspiré
par le Seigneur pour transcrire ces premiers matériaux éventuels, et
les nouvelles révélations qu’il recevait. Le texte biblique, celui qui
est inspiré de Dieu et qui fait autorité est en effet à distinguer des
moyens utilisés, de l’état d’esprit ou même du fait que l’auteur
comprend ou non la profondeur de ce qu’il écrit. Ainsi Balaam, qui
pourtant n’aurait sans doute pas voulu que la bénédiction de Dieu soit
sur Israël, a-t-il lui aussi, très indirectement, fournit des
matériaux à Moïse, qui, lui, a reçu de Dieu la pleine inspiration pour
les utiliser (Nb 23).
Moïse donc écrit le
Pentateuque, et le peuple prend tout de suite, conduit par Dieu, le
sens de l’importance de ces textes, paroles de Dieu. A chaque époque,
le peuple d’Israël a de même reconnu que certains écrits prophétiques,
historiques ou poétiques font partie en fait du même livre : le livre
de Dieu.
2. De quoi était composé
la Bible des juifs (l’Ancien Testament) ?
Le tableau suivant fournit
une chronologie de tous les livres de l’Ancien Testament avec leurs
auteurs, connus ou présumés.
Chronologie de la
formation de l’Ancien Testament
|
groupe de livres
selon la classification |
Livre |
Auteur
(entre
parenthèse s'il s'agit d'une supposition historique) |
Date (environ) |
Observations |
|
TORAH
(Pentateuque) |
|
Genèse |
Moïse |
1450 à 1400 |
Les livres
ultérieurs de l’AT font allusion à ce groupe de livres comme
existant déjà et formant un tout cohérent (Jos 1/5-8 ; IICh
34/14 ; IR 14/16 ; IIR 23/2 ; Ne 8/1 , 3,18) attestant ainsi sa
plus grande ancienneté. |
|
Exode |
Moïse |
1450 à 1400 |
|
Lévitique |
Moïse |
1450 à 1400 |
|
Nombre |
Moïse |
1450 à 1400 |
|
Deutéronome |
Moïse |
1450 à 1400 |
|
NEBIIM
(Prophètes) |
Premiers prophètes |
Josué |
Josué |
1370(env.) |
Ces livres étaient
connus pendant l’exil.
|
|
Juges |
(Samuel ?) |
1050 (env.) |
|
1 et 2 Samuel (un
seul livre) |
(Samuel, Saül, David
) |
1030 à 950 (env.) |
|
|
1 et 2 Rois (un seul
livre) |
(Jérémie ?) |
vers 600 |
|
Derniers prophètes |
Esaïe |
Esaïe |
740 à 680 |
Ezéchiel, Aggée,
Zacharie et Malachie ont été ajoutés au Canon dès le retour des
juifs de Babylone |
|
Jérémie |
Jérémie |
625 à 580 |
|
Ézechiel |
Ézechiel |
vers 590 |
|
Osée |
Osée |
760 à 710 |
|
Joël |
Joël |
entre 850 et 700 ? |
|
Amos |
Amos |
780 à 755 |
|
Abdias |
Abdias |
585 |
|
Jonas |
Jonas |
800 |
|
Michée |
Michée |
740 |
|
Nahum |
Nahum |
700 à 615 |
|
Habakuk |
Habakuk |
627 à 586 |
|
Sophonie |
Sophonie |
630 à 620 |
|
Aggée |
Aggée |
520 |
|
Zacharie |
Zacharie |
520 à 518 |
|
Malachie |
Malachie |
450 à 400 |
|
KETUBIM
(Écritures ou Hagiographes) |
Livres poétiques |
Psaumes |
(rassemblés par
Esdras ?)
David et autres auteurs |
1050 et après |
Ces livres ont été
inclus au canon plus tard, après le retour. Ils en faisaient
clairement partie au moment de la traduction par les Septantes. |
|
Proverbes |
Salomon, Agur,
Lemuel |
950 à 900 |
|
Job |
Inconnu |
Incertain |
|
MEGUILLOTH
(Les Cinq Rouleaux) |
Cantique des
Cantiques |
(Salomon) |
950 |
|
Ruth |
(Samuel ?) |
1050 (env.) |
|
Lamentations de
Jérémie |
Jérémie |
586 |
|
Écclésiaste |
Salomon |
950 |
|
Esther |
(Mardochée ?) |
460 |
|
Livres historiques |
Daniel |
Daniel |
590 à 535 |
|
Esdras et
Néhémie (un seul livre) |
Esdras |
538 à 480 |
|
1 et 2 Chroniques |
(Esdras< ?) |
vers 500 |
Ainsi, tous les livres de
l’AT sont déjà écrits au 5éme siècle BC.
Le canon constitué à
partir de ces livres comprend, selon la classification juive :
-
La loi ou TORAH,
-
Les prophètes ou NEBIIM
-
Les Écritures ou KETUBIM
Dans les bibles juives, on
retrouve cet ordre, caractérisé par l’appellation TANACH où
l’on reprend les premières lettres de chacune des parties : T(orah)N(ebiim)K(etubim).
Remarque :
Ce fait si simple
que le livre de Dieu s’est constitué au fil des siècles depuis des
temps très reculés a été très contesté au 19ème siècle.
Contesté parce
qu’il suppose l’action et la préservation miraculeuse de Dieu ;
contesté parce qu’il implique que Dieu a effectivement inspiré des
prophéties qui se sont réalisées bien longtemps après.
Aucun argument
archéologique, historique ou linguistique ne démontre formellement que
cela est impossible. Chacun en convient. Mais pour dire que cela s’est
fait, il faut admettre que Dieu est Dieu, et qu’il a pu et voulu le
faire : difficulté insurmontable au coeur incrédule ! Pourtant ils ont
bien essayé, savamment essayé même! Mais leur échec même contribue à
consolider notre position. Une fois de plus.
On peut, par exemple,
souligner que les écrits de la Bible ne contredisent jamais les
données historiques fournies par l’archéologie:
-
pas de fer au temps
d’Abraham qui vivait à l’âge du bronze,
-
pratiques différentes
et bien retracées des divers empires : Égypte, Assyrie, Babylone.
-
conservation très
précise des noms, par exemple de lieu ou de rois, comparativement
aux témoignages archéologiques retrouvés gravés dans la pierre. Ce
fait apparaît dans toute son importance quand on sait que d’autres
textes, grecs ou arabes ne donnent que très approximativement la
transcription de ces noms.
Comment ces choses
auraient-elles pu être réinventées des siècles après sans erreurs ?
Mais elles ont été authentiquement écrites aux époques qu’elles
indiquent.
Au bout du compte,
l’Ancien Testament complet existait dans son intégralité au retour de
l’exil, du temps d’Esdras, vers 480 BC. Cette division en trois
grandes parties de l’AT se retrouve par exemple dans la citation de
Jésus (Luc 24/13 ).
Les juifs qui se
réunissaient dans les synagogues au retour de l’exil, donnaient une
grande importance à la lecture des textes bibliques, qui est devenu
l’élément essentiel de leur culte. Ils ont donc apporté un grand soin
à leur conservation.
Ainsi, JH.Guitton cite ce
passage de l’historien Josèphe (fin du 1er siècle AD) :
« Depuis Artaxerxés
jusqu’à nos jours, plusieurs livres ont été écrits ; mais on n’a pas
estimé qu’ils fussent dignes d’une confiance semblable à celle qu’on
accordait aux livres qui les ont précédés, parce que la succession des
prophètes a été interrompue. Telle est la preuve du respect que nous
avons pour nos « Écritures ». Bien qu’un long intervalle de temps nous
sépare du temps où elles ont été closes, personne n’a osé y ajouter,
ou en enlever ou en transformer une syllabe ; tous les juifs, dès le
jour de leur naissance, sont poussés comme par instinct à considérer
les Écritures comme l’enseignement même de Dieu, à leur rester fidèles
et, s’il le faut, à donner joyeusement leur vie pour elles. »
source:
http://www.lirelabible.net/

Pourquoi parle-t-on des Massorètes, de
texte massorétique ?
Le texte
hébreu de l’Ancien Testament est souvent nommé texte massorétique. Il
est l’œuvre des massorètes, savants juifs qui durant plusieurs siècles
(surtout du VIIième au XIième siècle) assurèrent
la transmission (massorah)
du texte Biblique.
Assurer cette transmission au cours des siècles
n’était pas chose facile. En effet, en hébreu, comme dans les autres
langues sémitiques, on ne
note que les consonnes. La lecture est d’un usage assez facile, tant
que la langue est couramment parlée. Les difficultés ont donc commencé
à poindre lorsque peu à peu l’hébreu a été remplacé par l’araméen dans
la langue parlée. Les scribes ont alors commencé à employer des
lettres appelées « matres lectionis »
(mères (guide) de lecture) qui, au nombre de quatre servaient à
indiquer les voyelles donc la prononciation. Mais des ambiguïtés
persistaient dans l’interprétation des textes écrits.
Des savants juifs se sont donc attelés à cette
formidable tâche consistant à rendre encore plus lisible de tous les
textes originaux en inventant un système sophistiqué:
ils ajoutent, sans pour autant modifier le texte initial, de petits
signes ou points voyelles
(neqoudôt), placés au-dessus ou au-dessous des consonnes (ou parfois
dedans) indiquant par là même la prononciation qu’ils jugent la plus
convenable.
Mais là ne s’arrête pas leur travail, les
massorètes dotent le texte d’une ponctuation, de signes indiquant la
ligne mélodique pour la proclamation chantée dans les synagogues, ils
divisent le texte en sections, et enfin ajoutent des notes
au texte biblique (massores) pour bien en faire saisir le sens.
Qui sont les Massorètes,
quand et où
œuvraient-ils ?
Le travail des
massorètes va s’étendre du VIIième au XIième
siècle en Palestine et en Babylonie.

Le texte de Ben Asher par Daniel Bomberg
-
l’école de Tibériade. Avec la famille Ben Asher,
ce sont les inventeurs du genre si l’on peut dire, leur système de
signes placés au-dessous des consonnes sera généralisé.
-
l’école de Babylonie. Ces massorètes
orientaux inventent leur propre système de vocalisation avec des
signes placés au-dessus des consonnes. Ils disparaissent au XIième
siècle.
Préliminaire : massore et
vocalisation massorétique
1. La massore
Le terme vient de la
racine du verbe massar = transmettre un contenu
texte transmis et reçu.
commentaires entourant le
texte : ensemble de notes écrites en araméen qui renseignent non
seulement sur l’orthographe et la grammaire mais aussi sur le nombre
de mots et de versets.
- la petite massore
inscrite dans les marges latérales, donne les indications sur les
voyelles, la ponctuation consonantique.
- la grande massore
inscrite en haut et en bas de la page, insistera davantage sur le sens
du texte.
- la massore finale,
alphabétique, à la fin de la Bible.
Rabbi Akiba disait: " La
Massore s’enroule autour du texte comme une haie protectrice. "
Elle fait écran entre le lecteur et le texte sacré qui est au centre
pour bien le respecter.
2. Les signes
massorétiques
Hébreu langue sémitique,
dans laquelle le sens lexical est porté par des racines, généralement
de 3 lettres, constituées à partir des 22 consonnes de l’alphabet.
Voyelles audibles, mais non notées sur les manuscrits les plus
anciens.
D’où la recherche de
solutions facilitant la compréhension et la transmission fidèle:
-
une première aide, les
matres lectionis (guides de lecture), des consonnes
utilisées comme des voyelles pour aider la lecture
-
à partir du 7e ou du 8e
siècle de notre ère, introduction par des savants juifs, les
massorètes, d’une vocalisation dite « massorétique », pour fixer le
sens du texte : petits points et signes au-dessus et en dessous des
consonnes dans les manuscrits.
On peut comparer TM
avec des manuscrits non vocalisés, car on en a retrouvé à Qumrân : cf.
exemple du début d’Isaïe, 1Qb a.
Les témoins en hébreu :
plusieurs milliers de manuscrits médiévaux, complets ou incomplets, de
la Bible hébraïque: retenons les essentiels.

Papyrus de Nash
a. Avant 1947 et
les découvertes de Qumrân
1. papyrus Nash, conservé
à Cambridge, découvert en 1902, considéré comme le plus ancien témoin
(vers 150 av notre ère): Décalogue (Dt 5) et Shema Israël (Dt 6, 4-9)
2. codex du Caire (C),
copié et vocalisé par Moïse ben Asher en 896, ou Codex des Prophètes
3. codex des prophètes de
Saint-Pétersbourg (P), de 916, contient d'Isaïe à Malachie
4. Codex d'Alep
(A), de 910-930, avec tout le texte de l'AT, mais endommagé
par incendie de 1947 à Alep : 294 folios restant sur 380
5. Codex de
Saint-Pétersbourg (L) ex-Léningrad, bonne copie du codex
d’Alep, reste depuis 1947 le seul manuscrit complet de l'A. Daté de
1008/1009, copié au Caire sur des exemplaire de Aaron ben Moïse ben
Asher. Est la base de l'édition de la BHK depuis 1937 et de la BHS
(1977), et de la BHQ (Quinta) en préparation à Fribourg, sous la
direction d’Adrian Schenker
2e moitié du XVIIIe s, 2
entreprises de collationnement de ces manuscrits médiévaux, celle de
B. Kennicott (602 manuscrits, 1776-1780) et celle de J.B. de Rossi
(1793 témoins, manuscrits ou imprimés, 1784-1788)
à 2 conclusions :
* très peu de variantes
(se rappeler que les rouleaux des synagogues devaient être sans
ratures)
* l’essentiel des
variantes s’expliquent par des fautes de copistes
* tous ces textes
représentent une seule recension et dérivent d’un unique archétype, le
Textus receptus, texte (proto)massorétique.
B. les manuscrits de
Qumrân
1947 : choc d’une
découverte extraordinaire. Alors que les manuscrits connus remontaient
au mieux, si l’on excepte le payrus Nash, au IXe siècle, découverte de
manuscrits datés d’environ 100 avant notre ère.
variété des textes
retrouvés là :
1. des manuscrits de
textes non bibliques
2. des manuscrits propres
à la communauté essénienne de Qumrân
3. des manuscrits
bibliques, en hébreu (dont écriture paléohébraïque), en araméen, en
grec, fragments de 180 mss distincts, dont 2 rouleaux d'Isaïe. Tous
les livres bibliques, sauf celui d'Esther et Qohelet, sont
représentés. Aussi quelques fragments des LXX.
1. confirmation du texte
protomassorétique
grotte 1: 1Qba
vers -100 : (le premier des 2 rouleaux d’Isaïe est complet : 7, 34 m
de long)
On voit des écarts : texte
fluide
FIABILITE du texte de l'AT
des codex d'Alep et de Saint-Petersbourg, malgré remontée de plus de
1000 ans dans la traduction manuscrite : 40% des textes.
2. attestation de
l’existence d’autres sources par les manuscrits de Qûmran
ex. versions longues de
certains textes : le texte dont dérivent nos manuscrits médiévaux
n’était pas le seul en circulation aux premiers siècles avant JC.
Ex. Pour le Ier
Livre de Samuel, on dispose de :
- manuscrits du Caire
(896), d'Alep (910-930), de Léningrad (1008-1009)
- grotte IV de Qumran
(1952): fragments de 4Q Samb (fin du III e s. av. J.C.),
4Q Samc (début du I er s. av. J.C.), 4Q Sama (1 ère
moitié du I er s. av. J.C.), dans des manuscrits non vocalisés qui
présentent de nombreux écarts avec le texte des grands codices
du TM.
Processus de fixation du
texte en liaison avec processus qui a conduit à la fermeture du canon
juif des Ecritures et devait être achevé au milieu du IIe s après JC.

TaNaK, acronyme pour:
1. Torah (5)
de la racine yârâh,
enseigner, instruire, trad. par νόμος: Gn, Ex, Lev, Nb, Deut
textes attribués à Moïse,
en fait la rédaction a sans doute commencé 250 ans plus tard, à
l'époque monarchique ; avec division en Royaume du Nord et Royaume du
Sud après Salomon, documents yahvistes (Sud) et élohistes (Nord).
Unification des écrits par le peuple en exil, après 586. Vers 450, les
documents fusionnent grâce aux scribes comme Esdras, la Torah est
constituée: récit et 613 préceptes.
2. Neviim, "Prophètes"
Avec la monarchie
apparaissent les prophètes, porte-parole de Dieu, contre-pouvoir.
D'abord ils n'écrivent pas directement, mais ont des disciples qui
écrivent.
- les 4 prophètes
antérieurs: Josué, Juges, les deux livres de Samuel et les deux livres
des Rois: histoire du peuple hébreu de l'installation en Terre Promise
jusqu'à la chute de Jérusalem en 587 et l'exil à Babylone.
- les prophètes
postérieurs: pas livres historiques, mais recueil des prophéties de
ceux qui dénoncent l'injustice, la corruption en Israël: Isaïe,
Jérémie, Ezéchiel, et les 12 petits prophètes (ordre hébraïque repris
par Vg)
Vers -300, fin de la
prophétie, la crise macchabéenne ne suscite aucun prophète.
3. Ketouvim, "Ecrits" :
(11 ou 9)
Se développent jusque vers
-100, pt-être même plus tard
genres variés:
- psaumes, attribués à
David mais liés à la liturgie du Temple
- œuvres de sagesse
attribuées à Salomon: Proverbes, sans doute avant -400; Ct et Qohêlet
plus tard
- Job, et les 5 Rouleaux (Ct,
Qo, Est, Lam, Ruth)
- une apocalypse, le livre
de Daniel
Autour de la crise
macchabéenne de 167, litt de combat, récits codés, naissance de
l'apocalyptique: visions complexes et obscures, naissance tardive du
messianisme: Dn, rédigé en araméen vers 160. L’apocalyptique prend le
relais de la prophétie.

Codex de Leningrad
Les
documents disponibles pour établir le texte de l’Ancien Testament
ne sont ni aussi nombreux ni aussi impressionnants que ceux du Nouveau
Testament grec. Ceux-ci remontent au 4ème siècle (et plusieurs papyri
encore plus loin). A l’exception de quelques découvertes récentes,
les documents de l’Ancien Testament ne sont pas si anciens. Les plus
anciens manuscrits hébreux connus sont le Codex du Caire et le Codex
des Prophètes de Leningrad. Le premier de ces deux documents, qui
date de 895 après J.-C., comprend les prophètes antérieurs et
postérieurs. Le deuxième date de 916 après J.-C. Le Codex Pentateuch
du British Museum est un autre manuscrit très ancien. Ce manuscrit,
qui date du10ème ou du 11ème siècle, s’est tout de même avéré
un témoin très important du texte de l’Ancien Testament. Le texte
le plus ancien de l’Ancien Testament dans sa totalité est le Codex
de Leningrad,complété en 1008. Ce sont là les principaux témoins
de l’Ancien Testament, bien qu’il en existe d’autres. La
dernière édition de la Bible actuelle en hébreu (la Biblia Hebraica
de Kittel) se base sur ces quatre manuscrits, et principalement sur le
Codex de Leningrad. A ces manuscrits ajoutons le célèbre Codex Alep,
copié dans la première moitié du 10ème siècle. On pensait que ce
manuscrit, au départ une copie complète de l’Ancien Testament,
avait été détruit dans une émeute antisémite à Alep en
Syrie. Heureusement, la plus grande partie a survécu ; le manuscrit se
trouve actuellement à Jérusalem. On se demande pourquoi les copies de
la Bible hébraïque sont si tardives, par rapport aux témoins du
Nouveau Testament, surtout en vue du fait que l’Ancien Testament fut
complété plusieurs siècles avant la rédaction du premier texte du
Nouveau Testament. La réponse n’est pas difficile à trouver.
Les scribes juifs traitaient leurs copies des Ecritures avec un respect
proche de la superstition, ce qui les amenaient à enterrer — avec
une grande solennité — toute copie vieillie ou en mauvaise état.

LES MASSORÈTES
En hébreu, "tradition" se
dit masorah ou masorèth. Vers le VIème siècle de notre
ère, les dépositaires de la tradition consistant à copier fidèlement
les Écritures hébraïques ont fini par être connus sous le nom de
massorètes (en hébreu, Baalei Hamasorah, "Seigneurs de la
tradition"). On appelle textes massorétiques les copies qu’ils ont
réalisées.
Ils étaient extrêmement
appliqués. Ils élaborèrent divers systèmes de vérification. Dans
leur souci de ne rien oublier du texte biblique, ils comptèrent non
seulement les mots, mais aussi les lettres. Pour avoir une idée du
travail que cela représentait, sachez qu’ils recensèrent 815 140
caractères dans les Écritures hébraïques.
Le mot hébreu rendu par
" copiste ", sophér, évoque l’idée de compter ou de recenser. Les
Massorètes repérèrent la lettre médiane du Pentateuque [les cinq
premiers livres de la Bible], la section centrale de chaque livre,
et ils signalèrent le nombre d’occurrences de chaque lettre de
l’alphabet dans l’ensemble des Écritures hébraïques. Il se peut
d’ailleurs que cette méthode efficace ait été employée longtemps
avant eux par d’autres copistes qui désiraient également se garder
de toute faute. Jésus faisait peut-être allusion à cette pratique
quand il a dit dans son Sermon sur la montagne: "Le ciel et la terre
passeraient plutôt que ne vienne à passer de la Loi une seule toute
petite lettre ou une seule parcelle de lettre sans que toutes les
choses aient eu lieu" (Matthieu 5:18).
Quelques exemples :
Lévitique 11:42. Dans ce verset, on a agrandi la lettre hébraïque
wâw pour montrer qu’elle marque le milieu du Pentateuque.Une portion
du codex d’Alep (Psaume 80:14). La lettre hébraïque `ayin est
suspendue, ce qui indique qu’elle tient le milieu du psautier.Pour
être en mesure de signaler la lettre médiane des Psaumes et des cinq
livres écrits par Moïse, les massorètes avaient dû compter tous les
caractères du texte.
Le système de
prononciation de l’hébreu
L’hébreu avait cessé
d’être une langue nationale et vivante. Beaucoup de Juifs ne le
parlaient plus. Des groupes de massorètes à Babylone et en Israël
ajoutèrent des signes diacritiques aux consonnes pour indiquer
l’accentuation correcte et la bonne vocalisation. Ils ont également
mis en place un système complexe de signes servant à la fois de
ponctuation et de guide phonétique. Au moins trois systèmes furent
élaborés, mais la primauté revint à celui des massorètes de
Tibériade, près de la mer de Galilée, patrie des Ben Asher.
La famille Ben
Asher
On a pu établir que
cette seule famille a produit cinq générations de massorètes, à
compter d’Asher l’Ancien au VIIIème siècle de notre ère.
Les autres sont Néhémie Ben Asher, Asher Ben Néhémie, Moïse Ben
Asher et enfin, au Xème siècle, Aaron ben Moïse Ben Asher.
Ces hommes étaient à la tête d’une entreprise visant à arrêter un
système d’indices graphiques qui rendrait au plus près ce qu’ils
pensaient être la bonne prononciation du texte biblique hébreu. Pour
mettre au point ces indices, il leur fallait définir les bases du
système grammatical de l’hébreu, travail qui, jusqu’alors, n’avait
jamais été entrepris. Aussi pourrait-on ranger les massorètes parmi
les premiers grammairiens de l’hébreu.
Aaron, dernier héritier
de la dynastie massorétique Ben Asher, innova en regroupant le
résultat des travaux et en les publiant dans le "Dikdouké hateamim",
le premier livre fixant les règles grammaticales de l’hébreu. Cet
ouvrage devint la référence des grammairiens hébreux pendant des
siècles. Mais cette œuvre n’est que le corollaire d’un travail plus
important réalisé par les massorètes. De quoi voulons-nous parler?
La transmission
fidèle de chaque mot
La préoccupation
première des massorètes était la transmission fidèle de chaque mot,
et même de chaque lettre, du texte de la Bible. Par souci
d’exactitude, ils marginèrent chaque page pour signaler les
éventuels changements effectués, volontairement ou non, par les
copistes prémassorétiques. Dans ces notes marginales, ils
indiquèrent également les variantes orthographiques et les tournures
peu usitées, précisant le nombre de leurs occurrences à l’intérieur
d’un même livre ou dans l’intégralité des Écritures hébraïques. Vu
le peu de place disponible, ils recoururent à un code extrêmement
abrégé pour porter ces commentaires. Ils signalèrent en outre le mot
ou la lettre médiane de certains livres, fournissant ainsi un
instrument supplémentaire de vérification. Ils allèrent jusqu’à
dénombrer toutes les lettres de la Bible pour s’assurer de la
fidélité de leurs copies.
Dans les marges
supérieures et inférieures, les massorètes portèrent des
commentaires plus étendus concernant les notes abrégées des marges
latérales, commentaires très précieux pour effectuer des
vérifications. Puisqu’il n’existait ni numérotation de versets ni
concordance biblique, comment ces notes comparatives
renvoyaient-elles à d’autres parties de la Bible? Les massorètes
inscrivaient dans les marges supérieures et inférieures un extrait
des versets parallèles pour se souvenir des autres occurrences du ou
des mots indiqués. Le manque de place les amenait souvent à ne
porter qu’un seul mot-clé du verset parallèle. Pour que ces notes
marginales présentent un intérêt, ces copistes devaient pratiquement
connaître par cœur l’intégralité des Écritures hébraïques.
Les listes trop longues
pour figurer en marges étaient reportées à un autre endroit du
manuscrit. Par exemple, la note massorétique en regard de Genèse
18:3 indique les trois lettres
, qui correspondent en hébreu au chiffre 134. Ailleurs dans le
manuscrit sont recensés les 134 emplacements du texte hébreu où les
copistes prémassorétiques ont délibérément remplacé le nom divin
YeHoWaH
(Jéhovah sous la forme francisée) par "Seigneur". Les massorètes
connaissaient pertinemment ces changements, mais ils ne se sentaient
pas autorisés à modifier le texte dont ils étaient les dépositaires,
aussi préférèrent-ils signaler les altérations par des notes
marginales. Pourquoi mettaient-ils un tel point d’honneur à
préserver un texte pourtant déformé par leurs prédécesseurs? Le
judaïsme qu’ils professaient était-il différent de celui de leurs
devanciers?
Leur position
religieuse
L’essor massorétique
s’effectua alors que le judaïsme était empêtré dans une lutte
idéologique. Depuis le Ier siècle de l’ère chrétienne, le rabbinisme
avait étendu son emprise. La rédaction du Talmud et les
interprétations rabbiniques de la loi orale avaient commencé à
reléguer le texte biblique au second plan. Dès lors, la conservation
minutieuse du texte de la Bible risquait de perdre de son
importance.
Au VIIIème
siècle, un groupe connu sous le nom de Karaïtes s’insurgea contre
cette tendance. Apôtres de l’étude individuelle des Écritures, ces
hommes rejetaient l’autorité et les interprétations rabbiniques,
ainsi que le Talmud. Pour eux, seul le texte biblique faisait
autorité. Cette position accrut le besoin d’une transmission fidèle
du texte, et l’étude massorétique y trouva un nouveau souffle.
Dans quelle mesure les
croyances du rabbinisme et du karaïsme influencèrent-elles le
travail des massorètes? Moshe Goshen-Gottstein, spécialiste en
manuscrits bibliques hébreux, déclare: "Les massorètes étaient
convaincus (...) de perpétuer une longue tradition, et renoncer à
cette mission eût représenté pour eux l’offense suprême."
Les massorètes
considéraient comme sacrée la reproduction fidèle du texte de la
Bible. Quelque élevée que pût être leur motivation religieuse
individuelle, il semble qu’à leurs yeux l’œuvre massorétique à elle
seule transcendait toute considération idéologique. La nécessaire
concision des notes marginales laissait bien peu de place au débat
théologique. Le texte biblique était la préoccupation de toute leur
vie; toute falsification de celui-ci leur était insupportable.
[Notes]
En hébreu, "ben" veut dire
"fils". Ben Asher signifie donc "fils d’Asher".
On appelle petite massore
les notes latérales, et grande massore celles portées en haut et en
bas de chaque folio. Les autres listes du manuscrit constituent la
massore finale.

Avant de considérer la situation actuelle du
texte de l’Ancien Testament, nous nous devons d’examiner plus
loin son histoire. Jusqu’à l’invention de l’imprimerie, les
Ecritures étaient transmises par le moyen de copies faites à la main.
Ainsi, il était inévitable que des variantes dues aux scribes se
manifestent. Ceci est surtout vrai pour les manuscrits hébreux, à
cause de la grande difficulté de cette langue. Plusieurs lettres de l’alphabet
hébreux se ressemblent entre elles,ce qui créait parfois une
confusion dans les détails du texte. Pour illustrer, citons le cas
de Neboukadretsar, une forme techniquement plus correcte du nom
Neboukadnetsar, bien mieux connu. Les deux se réfèrent évidemment à
la même personne; cette différence est due à une confusion entre les
lettres “r” et “n” de l’alphabet hébreu. Très tôt dans l’histoire
juive, des cercles d’érudits juifs se formèrent dans le but
de préserver le texte de l’Ancien Testament. Obsédés par la lettre
de la loi, ils redoutaient d’autant plus le danger omniprésent des
erreurs dans la copie. Le plus important de ces cercles pour notre texte
de l’Ancien Testament (mais pas le premier de se genre, puisqu’il
date de 500 après J.-C.) était l’école de Tibériade, dont les
membres étaient connus sous le nom de “Massorètes”. Les
Massorètes (de l’hébreu masôrah : tradition) sont ainsi nommés
en raison de leur obédience aux traditions textuelles. Leurs travaux s’étendent
sur quatre ou cinq siècles, et leurs contributions sont multiples. On les connaît surtout pour leur système de voyelles et d’accents,
inventé pour le texte hébreu. Souvenons-nous que toutes les lettres
de l’alphabet étant des consonnes, l’Ancien Testament fut écrit
sans voyelles. Bien que ce phénomène puisse nous sembler étrange et
même primitif, il ne présentait aucun problème pendant les
siècles où la langue hébraïque était parlée. Quand elle ne le fut
plus, la prononciation correcte des mots risquait de disparaître. Pour
contrer ce danger, les Massorètes, en accord avec leurs traditions bien
gardées, insérèrent des signes vocaliques destinés à indiquer une
prononciation spéciale. Ces signes furent ajoutés au-dessus et
en dessous des lignes du texte, sans toucher au texte lui-même, un
détail que nous nous devons de souligner. Les Massorètes ne se
bornaient pas aux détails de la vocalisation du texte. Ils
cherchaient en plus des méthodes pouvant éliminer les erreurs des
scribes. Cet objectif fut atteint par le développement de procédés
rigoureux pour établir le nombre des versets, des mots et même des
lettres de chaque livre. On comptait le nombre de fois que chaque
lettre était utilisée dans un livre donné. On notait chaque verset
qui contenait toutes les lettres de l’alphabet, ou un nombre
de lettres donné, etc. On calculait le verset central d’un livre, le
mot central, et la lettre centrale. Par exemple, le verset central du
Pentateuch est Lévitique 8.7, et le verset central de la
Bible hébraïque est Jérémie 6.7. Certaines de ces annotations se
trouvent toujours dans les Bibles hébraïques. A la fin de la copie d’un
livre, un scribe pouvait, avec ce système, vérifier l’exactitude de
son travail avant la mise en circulation de sa copie. Voici donc une
brève explication de l’importance du travail des Massorètes,
critiques textuels de premier rang. Ils examinaient et étudiaient
soigneusement tous les documents disponibles et, sur la base de ces
témoins abondants, mettaient par écrit la forme du texte
reçue plusieurs siècles avant leur époque. Leur labeur était en
effet si productif et leur contribution si significative que le texte
hébreu est souvent appelé, de nos jours, le “texte massorète”.
Les manuscrits hébreux dont nous avons parlé plus haut constituent d’excellents
exemples de ce texte.
LA SITUATION ACTUELLE DE NOTRE TEXTE
De manière
générale (mais voir plus loin), les plus anciens manuscrits hébreux
dont nous disposons ne datent pas d’avant le 9ème siècle, ce qui
laisse un vide de plusieurs siècles entre les autographes et nos
documents actuels. Ceci serait une cause d’inquiétude, sans l’extrême soin
dont firent preuve les scribes juifs qui copiaient les Ecritures.
Pendant les siècles avant les Massorètes, les scribes cherchaient consciencieusement la perfection dans la trans-mission du texte. On
trouve la preuve de ceci dans le Talmud (loi civile et religieuse
juive), où on peut lire les règlements très rigides concernant les
copies du Pentateuch destinées à être lues dans les synagogues: Un
rouleau utilisé dans la synagogue doit être écrit sur des peaux d’animaux
purs et préparées spécialement par un Juif pour cet usage. Ces peaux
doivent être attachées avec des fils pris d’animaux purs. Chaque
peau doit porter un certain nombre de colonnes, constant dans tout le
codex. La longueur de chaque colonne ne doit pas être de moins de 48
lignes ni plus de 60 lignes. La largeur doit être de 30 lettres. Il faut dans un premier temps tracer des lignes sur toute la copie; si
trois mots sont écrits sans une ligne, la copie est nulle. L’encre
doit être noire et non rouge, ni verte, ni aucune autre couleur; et
elle doit être préparée selon la manière spécifiée. Le scribe
doit copier à partir d’une autre copie authentique, sans dévier.
Aucun mot, aucune lettre, même pas un yod, ne doit être écrit de
mémoire, sans regarder le texte devant soi. (...) Entre les consonnes,
le scribe doit mettre un espace de la largeur d’un cheveu ou d’un
fil ; entre les mots, de la largeur d’une consonne étroite; entre
les parashah, ou sections, de la largeur de neuf consonnes; entre les
livres, trois lignes. Le cinquième livre de Moïse doit s’achever
exactement à la fin d’une ligne, mais ceci n’est pas obligatoire
pour les autres. En plus, pour écrire le scribe doit être assis dans
son habillement juif formel, il doit se laver tout le corps, il ne lui
est pas permis de commencer d’écrire le nom de Dieu avec une plume
nouvellement trempée dans l’encre, et même si un roi lui adresse la
parole pendant qu’il écrit ce nom, il ne doit lui prêter
aucune attention. (...) Les rouleaux où ces règlements ne sont pas
respectés doivent être soit enterrés soit brûlés; ils peuvent
néanmoins être relégués aux écoles pour y être utilisés comme
livres de lecture.

Talmud de Babylone
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1.Ces règles constituaient pour les premiers scribes
juifs le principal facteur de garantie de la transmission précise du
texte de l’Ancien Testament. On peut citer également toutes les
précautions méticuleuses prises par les Massorètes dans leurs
vigoureux efforts pour détecter les erreurs commises par les
scribes. Si des variantes existaient dans les manuscrits utilisés par
les Massorètes, elles ne pouvaient pas être majeures. Toute les
indications disponibles sur le sujet tendent à prouver que le type de
texte rendu permanent par les Massorètes existait pendant les siècles
qui ont précédé la venue du Christ. D’autres éléments jettent une
lumière sur le texte hébreu. On peut parler des sources telles que les
citations bibliques trouvées dans le Talmud (200–500 ap. J.-C.) et
dans d’autres écrits juifs; des Targums araméens (à partir du
1ersiècle); des paraphrases des Ecritures hébraïques traduites en
araméen; des fragments récemment découverts de l’Ancien Testament
d’Origène (Hexapla), utilisé au 3ème siècle; des traductions inestimables grecques et latines. La traduction Vulgate de l’Ancien
Testament fut faite par Jérôme directement de l’hébreu, environ
400après J.-C., au moins cinq siècles avant la fin du travail des
Massorètes. D’autres témoins anciens sont la LXX (Septante),
traduction grecque mythique supposément commencée en 250 avant J.-C. et le
Pentateuch Samaritain (env. 200 avant J.-C.). Des deux, la Septante,
dont la source se trouve plutôt au 3ie siècle avec Origène, est
le témoin le plus important, puisqu’il contient tout l’Ancien
Testament. La Septante et le texte hébreux se différencient par
beaucoup de variantes; des études approfondies ont révélé à
maintes reprises que le langage du texte hébreu est bien plus fiable
que celui de sa traduction en grecque.
LES MANUSCRITS DE LA MER MORTE

Voir:
Grottes de Qumran
En
mars 1948, on annonça la découverte de quelques manuscrits anciens
dans les environs de la Mer Morte. On raconte qu’un garçon
arabe cherchait sa brebis perdue lorsqu’il tomba par hasard sur une
grotte. Il y trouva quelques jarres avec de vieux rouleaux à l’intérieur.
Ces rouleaux furent vendus et devinrent les trésors de l’état d’Israël. Depuis
la première découverte, d’autres ont été faites dans la même
région. En tout, plusieurs centaines de rouleaux et des milliers de
fragments ont été mis à jour. Ces rouleaux sont le résultat du
travail d’une communauté très religieuse de Juifs installés dans
le désert “afin de préparer la voie du Seigneur”. Le contenu de bon nombre des rouleaux ne concerne que les croyances particulières
de la secte; d’autres, en revanche, contiennent des portions,
petites ou grandes, des livres de l’Ancien Testament. En fait, on y a
trouvé des portions de chaque livre de (Cité par Sir Frederic Kenyon,
Our Bible and the Ancient Manuscripts, révised by A.W. Adams (New York
: Harperand Brothers, 1958), 78–79) l’Ancien Testament. Une grande partie des textes découverts attend
toujours d’être évaluée et éventuellement d’être publiée. (Le
texte complet des manuscrits de la Mer Morte est actuellement disponible
en anglais - N. d. T.).Parmi les rouleaux ainsi découverts, prenons
comme exemples deux d’entre eux qui contiennent le texte du prophète
Esaïe. L’un des deux, connu comme Esaïe A, contient le texte complet,
à l’exception de quelques mots. L’autre, Esaïe B, sans être
complet, contient tout de même une portion considérable de la
prophétie (chapitres 41–59). L’histoire étonnante de ces
manuscrits est liée à leur ancienneté. Le rouleau Esaïe A date de l’an100
avant J.-C., voire même plus tôt, et le rouleau Esaïe B est
pratiquement aussi ancien. Voici donc deux rouleaux écrits plus de
mille ans plus tôt que les plus anciens manuscrits hébreux
disponibles jusqu’alors! Quelles révélations ces rouleaux font-ils
sur notre texte? Ils nous en disent beaucoup, mais ce qu’ils disent
surtout est que le texte hébreu n’a subi aucun changement majeur.
Tous les spécialistes reconnaissent que ces rouleaux anciens
ressemblent de façon remarquable à notre texte moderne. Prenons
par exemple le chapitre 6 d’Esaïe. Si nous comparons Esaïe A à notre
texte moderne, nous comptons 37 variantes dans ce chapitre. Pratiquement
toutes ces variantes concernent des différences d’orthographe. Seulement
trois d’entre elles méritent d’être retenues dans une traduction,
et de ces trois, aucune n’est significative. Les voici : “Ils criaient”
au lieu de “Ils criaient l’un à l’autre” (v. 3) ; “Saint,
saint” au lieu de “Saint, saint, saint” (v. 3) ; “tes péchés”
au lieu de “ton péché” (v. 7). Dans chacun de ces cas, notre
texte moderne est sans aucun doute meilleur que celui d’Esaïe A.
Cela dit, dans leur ensemble les manuscrits de la Mer Morte confirment l’authenticité
de notre texte hébreu moderne.

Le rouleau d'Ésaïe en
photos
(source:
http://www.ao.net/~fmoeller/qumdir.htm)
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Qui sont les auteurs des manuscrits de la mer Morte?
Des spécialistes de la Bible estiment que les scribes qui ont
rassemblé ou écrit les manuscrits appartenaient à une secte rigoriste
formée de juifs ayant abandonné le Temple de Jérusalem, qu'ils
considéraient trop tolérant, pour aller établir une communauté à
Qumrân, non loin de la mer Morte. Bien que le Temple de Jérusalem fût
le centre de la vie religieuse et politique de la société juive de
l'époque, il existait dans l'ancienne Israël de nombreux cultes et
sectes dissidents se distinguant les uns des autres par leur façon
d'interpréter la loi biblique. La communauté de Qumrân était
probablement l'une de ces sectes. Les premiers chrétiens en étaient
une autre.
Avec la destruction du Second Temple en
l'an 70 de notre ère, la structure de la vie religieuse allait changer
à jamais. Une des doctrines en vigueur, propagée par les maîtres
rabbiniques, donna sa voix au judaïsme. La prière et l'observance
d'une interprétation écrite de la loi biblique remplacèrent les rites
que ces juifs pratiquaient autrefois au Temple pour manifester leur
foi. Les adeptes du christianisme suivirent une autre voie, se
démarquant par des textes, des chefs spirituels et des symboles qui
leur étaient propres. Les manuscrits de la mer Morte, qui ont été
écrits avant la destruction du Second Temple et à l'époque de Jésus de
Nazareth, lèvent donc un voile sur un monde religieux en transition.
Trésors anciens et manuscrits de la mer Morte
montre des sections des trois premiers rouleaux découverts dans les
grottes de Qumrân.
Le manuscrit Isaïe B
Isaïe était un prophète qui vécut au 8e siècle avant notre
ère, à l'époque du Premier Temple. Le Livre d'Isaïe renferme les
exhortations prophétiques faites aux juifs pour les inciter à vivre
conformément au Bien. D'autres chapitres parlent de l'exil des juifs à
Babylone et de leur retour en terre d'Israël. Le texte trouvé dans la
grotte de Qumrân est presque identique à celui des versions modernes;
il est pratiquement resté inchangé depuis 2000 ans.

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